Condamnée pour vols d’épis de blé : L’histoire de la veuve Gauthier, 1815.

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1815. Pour avoir volé des gerbes de blé : l’histoire de la veuve Gauthier. (article paru dans l’ Echo Républicain dimanche le 19 février 2017)

« Il arriva qu’un hiver fut rude. Jean n’eut pas d’ouvrage. La famille n’eut pas de pain. Un dimanche soir, Isabeau entendit un coup violent dans la devanture grillée et vitrée de sa boutique (…) Isabeau sortit en hâte, courut. Le voleur avait jeté le pain, mais il avait encore le bras ensanglanté. C’était Jean Valjean. Ceci se passait en 1795. Jean Valjean fut condamné à cinq ans de galère. » Jean Valjean n’est pas un personnage de fiction : la lecture des registres de cour d’assises du début du xixe siècle exhume des destins tragiques auxquels ne manque que la rédemption du héros de Victor Hugo. Ainsi, cette série d’articles sur les faits divers commence sur une époque révolue où, pour un vol, un être humain était jugé pour crime.

Durant l’été 1815, l’Eure-et-Loir, déjà pressuré par les Prussiens, affronte une conjoncture économique difficile. Qui pousse des « misérables » non seulement à glaner[1] – ce qui est autorisé -, mais aussi à dérober des épis des gerbes déposées dans les champs. Parmi ces pauvres gens, la veuve Gauthier, une femme  de quarante-quatre ans qui vit à Ymonville, village planté au cœur de la Beauce, à mi-chemin entre Chartres et Orléans. Son histoire nous est connue grâce à son dossier, conservé aux archives d’Eure-et-Loir[2].

Elle ne possède qu’une petite maison, déjà hypothéquée sur des emprunts. Ses seules ressources sont de « mendier et tricoter ». Elle les complète par le maigre fruit du travail de ses enfants. L’ainé, dit-elle au magistrat, «  file de la laine l’hiver et une partie de l’été et, pendant la moisson dernière, il a ramassé derrière un homme dont je ne connais pas le nom ». Le cadet, du haut de ses huit ans, l’aide à glaner. C’est insuffisant. Dans la nuit du 5 septembre 1815, le brigadier de la gendarmerie d’Ymonville la surprend, chargée de trois gerbes d’avoine.

L’image contient peut-être : plein airUne maison des années 1840 dans le pays chartrain, celle où aurait pu vivre la veuve Gauthier.

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