Condamnée pour vols d’épis de blé : L’histoire de la veuve Gauthier, 1815.

Son arrestation marque le début de son broyage judiciaire. La veuve Gauthier est amenée chez le maire et, interrogée, raconte que, sortie pour aller chercher du chaume, elle avait trouvé trois gerbes d’avoine sur le chemin. Tombées d’une carriole… ? Or, depuis peu, des paysans s’étaient plaints à la brigade de vols de récolte. Au petit matin, le gendarme, le maire et son adjoint se transportent à son domicile, perquisitionnent et découvrent dans son grenier quantité de gerbes de blé, d’orge et d’avoine qui  « leur ont paru avoir été volées ». Des experts, appelés le 3 octobre, valident l’hypothèse du vol arguant qu’à l’époque des faits, le glanage d’avoine était interdit puisque les récoltes étaient en cours.

Néanmoins, les mêmes experts sont incapables de prouver que les grains des gerbes saisies correspondent aux  échantillons prélevés sur celles des propriétaires volés. Convoqués, ces derniers ne sont pas plus perspicaces. D’ailleurs, semble regretter l’acte d’accusation, « on doit dire qu’ils chargent très peu la veuve Gauthier ». De fait, aucun paysan ne porte plainte. Comme s’ils protégeaient  une femme de la communauté dans le dénuement. C’est elle qui lors d’un interrogatoire signe sa perte. « Je me suis bien donné du mal », dit-elle au juge, précisant,  «  la majeure partie de mon grain est glané ». Mais le reste ?

Le 13 décembre, la cour d’assise de Chartres la reconnait coupable « d’avoir soustrait frauduleusement dans les champs des grains appartenant à autrui ». Précisons que rien dans l’acte d’accusation n’indique qu’elle soit une récidiviste. Le verdict tombe : cinq ans de réclusion. Mais avant de purger sa peine, la veuve Gauthier doit subir l’humiliation du carcan sur la place du marché de Chartres : « Elle y demeurera exposée aux regards du peuple durant une heure, par-dessus de sa tête sera placé un écriteau portant en caractères gros et lisibles ses noms, sa profession, son domicile et la cause de sa condamnation[3] ». À sa sortie de prison, la veuve Gauthier revint à Ymonville. Elle y mourut le 15 février 1835 dans la maison de son fils aîné, celui qui dans sa jeunesse l’aidait à subsister.

De 1815 au début des années 1820, il y eut une quinzaine de condamnations à un minimum de cinq ans d’incarcération dans un rayon de vingt kilomètres autour d’Ymonville pour des larcins du même ordre, vols de luzerne, de chaussons…. C’était il y a deux siècles.

Comparaison n’est pas raison, certes, mais que prévoit la loi aujourd’hui pour un vol de quelques gerbes de blé dans les champs ?

[1] Recueillir dans les champs les épis laissés par le moissonneur. Le glanage se fait une fois la moisson faite.

[2] AD, 2 U cour d’assises, dossier Besnard, veuve Gauthier, 4e session de 1815, arrêt du 13.12.1815

[3] Cette peine infamante a été définitivement supprimée en 1848.

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