Un siècle de faits divers : 1902, l’abbé Guillaumin, l’escroc en soutane

imageL’escroc en soutane, Nogent-le Rotrou, octobre 1902.

Né à Coudreceau en 1869, professeur de dessin au séminaire de Nogent-le-Rotrou jusqu’en 1897, l’abbé Guillaumin avait sans doute désappris ces versets de l’Évangile où Jésus chasse les marchands du Temple, soucieux d’argent mais oublieux de Dieu. Quadragénaire soigné de sa personne, portant bas et écharpe de soie, souliers vernis à boucles d’argent, l’abbé était fort occupé à traiter chaque jour son volumineux courrier relatif à ses affaires dans sa maison de la sous-préfecture, rue Chaillou.

Comme ses relations l’avaient introduit dans les beaux salons parisiens, il y rencontra la dame Civet, divorcée de l’explorateur Mourichon, et riche de cinq cent mille francs en argent et en titres qu’elle songeait à faire fructifier. Obligeamment, l’abbé dont la soutane valait toute les garanties, lui recommanda la Banque générale de la Bourse de Paris : « Je puis vous indiquer l’adresse d’un banquier de mes amis qui est un parfait honnête homme doublé d’un financier prudent. J’en réponds comme de moi-même. Vous pouvez aller le voir de ma part en toute confiance. Il se nomme M. Malleval[1]. »

La dame Civet confia ses fonds au banquier avant de partir en congé pour quelques semaines. L’ami « honnête » de l’abbé était en fait un escroc au passé sulfureux. Il dilapida les fonds et perdit le reste en opérations fumeuses. Quand la cliente l’assigna au tribunal, l’oiseau s’était envolé à Bruxelles.

Restait l’abbé Guillaumin, intermédiaire certain, complice possible. La police procéda à son arrestation le 14 octobre 1902 alors qu’il recevait dans ses appartements de la rue Chaillou les administrateurs d’une société financière parisienne dans laquelle, selon Le Petit Parisien, il avait de gros intérêts.

L’abbé Guillaumin, Le Petit Parisien, 14 octobre 1902.

Prévenu par son domesRésultat de recherche d'images pour "abbé guillaumin nogent le rotrou"tique au moment où il s’apprêtait à servir la friture de goujon, l’abbé se leva de table comme si de rien n’était, glissa dans le salon où l’attendaient le commissaire de police et deux inspecteurs. Et s’éclipsa, sans prévenir ses convives. Le soir même, il prenait le train pour Paris en compagnie de deux agents de la sûreté. Son interpellation fit sensation d’autant que nombre de notables, d’ecclésiastiques du département et son frère – établi en Amérique – lui avaient remis leurs économies.

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