Chroniques d’ici et d’ailleurs

1# 1857, Le petit Drouin, incendiaire criminel

2# Les Misérables de Victor Hugo en Beauce

#14  Sacco and Vanzetti : le procès de Chartres

#15 Rumeurs et malbouffe à Châteaudun en 1927

#16 Spirito, un caïd de Marseille à Cherisy en1943

#17 1erjuillet1919, Chartres : les poilus se mutinent

# 18  juin 1913, l’assassinat des  » deux gamins à tête de forçat ». Lutz-en-Dunois

# 19 27 janvier 1951, parricide à Chartres. Affaire de K, affaire de mœurs.

# 20 Fraude au bac en Eure-et-Loir en 1939

# 21 8 août 1869  première course de vélocipède à Chartres

# 22 1903, Course mortelle Paris-Madrid

 


 


 

 

Quand une femme voulait mettre un terme à sa grossesse, il lui fallait recourir aux services des faiseuses d’anges. C’est ainsi que l’on appelait ces femmes qui pratiquaient l’avortement, considéré au regard du Code pénal de 1810 comme un crime passible de la cour d’assises. La particularité de cette affaire est que la faiseuse d’anges est un homme.

Découverte d’instruments suspects

Les instruments abortifs retrouvés au domicile de Desorges. Archives départementales d’Eure-et-Loir, 2 U 652.

Des bruits persistants et des lettres anonymes qui arrivent au Parquet de Dreux désignent Desforges, ouvrier peigneur de Sorel-Moussel comme « expert en manœuvres abortives ». En décembre 1901, le sujet, surtout connu pour braconner, est interrogé par la police, mais faute de charges suffisantes, il est remis en liberté…. Le jour de Noël, il s’enfuit en Suisse où il est arrêté le 10 février 1902.  A son domicile qui est perquisitionné, le juge d’instruction découvre des instruments plus que suspects : deux tubes lubrifiés en forme de spéculum contenant des mucosités, deux tiges en fer pointues dont l’une recourbée, des ciseaux, des seringues en fer et en verre, de la ouate ainsi que des « filaments de coton ensanglanté ». Le médecin légiste et le pharmacien qui les examinent rédigent un rapport sans appel : ces instruments abortifs sont des pièces à conviction.

 

Les herbes abortives

 Jugé en assises le 4 août 1902, Desforges doit répondre de plusieurs avortements – d’autres ont peut-être été tus -, mais ne reconnait sa participation qu’au premier où, affirme-t-il, son rôle a été indirect. À une épouse désespérée qui menaçait de se suicider, il avait fourni les ingrédients – une herbe abortive (la rue panachée), une poudre blanche – qu’il s’était procurés auprès d’un complice, décédé depuis et déjà condamné à quatre ans de prison pour les mêmes faits.

Extrait des interrogatoires de Desorges. Archives départementales d’Eure-et-Loir, 2 U 652.

Desorges indique au juge d’instruction le modus operandi prescrit à sa cliente : préparer une infusion « avec la rue panachée, y mettre une pincée de poudre blanche et prendre le produit ainsi préparé en injection avec une petite seringue ». La femme avorta. Seule et sans l’assentiment de son mari à qui elle avoua les faits quatre ans après l’avortement. Traumatisée par l’acte et atteinte « d’aliénation mentale », selon les mots du procureur, elle dût être internée à l’asile de Bonneval.

Condamné à quatre ans de prison

En revanche, il nie son implication pour les autres cas où, cette fois, on le soupçonne d’être à la manœuvre chez lui. Les témoins sont pourtant formels. Une femme raconte que pour dix francs, avec l’accord de son mari, elle avait subi une intervention. Mais celle-ci s’était soldée par un échec.

 L’accusé invoqua des calomnies, de vieilles rancunes liées à des histoires de chasse et de pêche. Déclaré coupable d’au moins deux avortements, Desforges fut envoyé pour quatre ans en prison. La peine était lourde eu égard à l’indulgence habituelle des jurys : les deux-tiers des faiseuses d’anges avaient été acquittées entre 1880 à 1910. Quoi qu’il en soit, cette affaire – une parmi tant d’autres – révèle la situation difficile et parfois mortifère faite aux femmes dont la grossesse n’était pas désirée.

En savoir plus : Histoire de l’avortement (XIXe-XXe siècle) de Catherine Valenti et Jean6yves Le Naour, Ed du Seuil, Univers Historique, 2003.


 

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À la suite d’une vague de « flying saucer » – soucoupes volantes – observée en 1947 par l’aviateur américain Arnold, pionnier en la matière, la contagion des extraterrestres gagna le monde. Il n’y avait donc aucune raison pour qu’elle épargne le ciel du département.

1947, flying saucer sur Chartres

Titrant sur « les soucoupes volantes dans la région chartraine », la presse se fit un devoir de rapporter les témoignages sur « l’apparition de mystérieux engins dans le ciel ». Au-dessus de la cathédrale, à 18 heures 40, le mercredi 4 juin 1947, des ouvriers virent un instant un « disque blanc » qui prit soudain de l’altitude « en tournant dans le sens contraire des aiguilles d’une montre ». Si l’on suit les époux Descazaux, « le disque » dont la dimension était celle d’une assiette, avait des contours « très nets » qui rendaient impossible la confusion avec un avion.

Schéma paru dans l’Echo Républicain en mai 1950 à propos d’une autre « apparition« 

Le même jour, la femme Faure, vers 8 heures 20, aperçut en direction du terrain d’aviation et au dessus de l’usine à gaz une traînée lumineuse qui « brillait comme de l’argent et dessinait une sorte de S » comme un ruban, de longueur assez faible. Elle ne pouvait provenir d’un avion à réaction asséna un fonctionnaire des PTT ; pas du tout, contesta un Maintenonais pour qui les trainées blanchâtres étaient comparables à celles laissées par les chasseurs anglais pendant la guerre. Plus fort encore, vers minuit, la femme Breton-Coudière d’Ymonville avait nettement distingué dans le ciel étoilé un disque jaune pâle se déplaçant sans bruit et qui abandonnait derrière lui de petits flocons[1].

Aucun Chartrain n’eut la chance de vivre l’aventure de l’américain Georges Adamski : le 20 novembre 1952, alors qu’il pique-niquait dans le désert, un astronef se posa, une créature « aux cheveux longs » en sortit et se présenta à lui comme un vénusien. Il en fit un livre, « Les soucoupes volantes ont atterri », un best-seller traduit en dix-huit langues, que d’aucuns tiennent encore pour vrai….

Soucoupe volante dans l’espace drouais

19 août 1965. Cette fois, c’était sûr. Lauréat en 1950 – un an avant Von Braun[2] – du prix international d’astronautique, autodidacte de génie et auteur de plusieurs ouvrages de renom, Alexandre Ananoff avait « vu de ses yeux vus » une soucoupe volante dans le ciel drouais.

Le scientifique qui était, selon L’Écho républicain, « tout le contraire d’un rêveur ou d’un fantaisiste », fut alerté à 20 heures 05 par son fils : du jardin de leur propriété, il avait remarqué une étrange lueur dans le ciel estival, vierge de tout nuage.

Ananoff au centre, photo de L’Echo Républicain, 19 août 1965.

Muni de jumelles, Ananoff observa un engin d’une intensité lumineuse de deux à trois fois celle de Vénus, donnant « l’impression d’une opaline transparente » et qui se déplaçait sans bruit à une vitesse prodigieuse. Le mystérieux phénomène fit un second passage après 23 heures. « Un ballon-sonde ou peut-être une fusée ou un satellite », conclut la base aérienne d’Évreux qui avait enregistré le double passage. Un ballon-sonde, répliqua Ananoff, « ne se déplace pas à très grande vitesse et une fusée ou un satellite suivent une orbite régulière ». La presse nationale et l’ORTF se précipitèrent à Fermaincourt pour interviewer le scientifique, sa voisine et le maire de Montreuil qui eux aussi avaient vu la « chose ».

L’homme qui inspira Hergé

Le livre vedette d’Ananoff.

Elle avait peut-être abusé le célèbre scientifique, pionnier des voyages spatiaux. Ses travaux avaient inspiré Hergé, toujours soucieux de sa documentation, pour « On a marché sur la Lune ». « Je n’ai fait que romancer, dit le père de Tintin, des bouquins qui existaient déjà, en particulier L’Astronautique d’Alexandre Ananoff[3]. »

Depuis le début des années 70, les « ovnis »  – objet volant non identifié – ont remplacé les soucoupes volantes. L’un d’eux fut aperçu en 1976 dans le ciel de Beauce, du côté de Louville-la-Chenard. Mais celui qui tint en haleine la France entière se posa à Cergy-Pontoise le 26  novembre 1979. Il enleva un jeune homme qui réapparut huit jours plus tard.… De nos jours, les ovnis se font discrets dans les médias, mais les sites internet qui leur consacrés sont nombreux. Et bien réels.

 

[1] Epidémie ? Une boule de feu fut observée de la tour de contrôle du Bourget le 13 juin ; la veille à Montmartre, une personne avait téléphoné au Monde pour signaler un « disque argenté ».

[2] Concepteur des V2 allemandes à la fin de la guerre, puis responsable du programme spatial américain.

[3] Son apport à l’astronomie est aujourd’hui réhabilité. Une biographie est parue en 2013, préfacée par Claudie Haigneré.

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Prostitution et réglementation en France à la Belle Epoque

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Depuis 1804, la prostitution était réglementée en France. Des maisons closes existaient dans toutes les villes. Il y en avait plusieurs à Chartres, entre le 15 et le 23 de la rue aux Juifs:  « Chez Germaine », ou « Au Chat noir », la plus réputée. Dans son roman, La Terre, Zola évoque celles de Châteaudun.

Réclame pour une maison close, rue aux juifs. Les notables pouvaient prendre rendez-vous par téléphone, en toute discrétion. ( archives départementales d’Eure-et-loir, collection Jusselin 7 Fi 361-4)

Il était presque d’usage que les conscrits s’y rendent après le tirage au sort. Les pensionnaires des maisons de tolérance étaient fichées et soumises à un examen médical régulier, un système qui n’empêchait pas ni le racolage public ni la tentation de la prostitution à domicile. Le crime du 24 novembre 1908 s’inscrit dans ce contexte. Il a pour cadre une maison close chartraine et pour protagonistes la fille Hervé et le nommé Rogron, un jardinier de Conie-Molitard.

Rogron à Odette : la promesse de la « galette »

Quand, le 25 mai 1909, ce dernier est introduit dans la salle de la cour d’assises, vêtu d’une jaquette noire de coupe impeccable et les moustaches cirées, il paraît aussi détendu que s’il assistait à une comédie de boulevard. Il risque pourtant la mort pour avoir assassiné Odette Hervé qui exerçait dans une maison close, 15 rue aux juifs, et dont il était un fidèle client depuis le mois d’octobre 1908.

Extrait d’une lettre de Charles Rogron à Odette, Archives d’Eure-et-Loir, dossier Rogron 2 U 687.

Rogron s’était entiché de la jeune femme, lui écrivant des lettres enflammées dont il copiait les mots doux dans les romans-feuilletons. Il lui demanda sa main. Illettrée, la prostituée fit répondre des banalités par une pensionnaire des lieux et se garda bien de s’engager. D’autant que Rogron n’envisageait pas de lui faire cesser l’activité par laquelle il l’avait connue, mais lui faisait juste miroiter une montée en gamme : « Tu ferait [sic] ce que tu fais aujourd’hui. Mieux, tu aurait ta chambre en ville, mais alors chez toi avec des vieux qui ont le sac, autrement dit de la galette [argent]. En maison, vous êtes obligée d’aller avec toute sorte de monde. Dans ta chambre en ville, tu ferait toujours cela avec des gens propres ».

Il lui promet des cadeaux : « Quand j’irai te voir, je te porterait un beau lapin de garenne et puis on fera une petite partie ». Si elle venait à refuser son offre, Rogron a son plan, ainsi exposé : «   Je me déciderai avec celle qui fait tes lettres car elle ferait mon affaire, car je tiens à me marier avec une débrouillarde ».

Le 24 novembre, Rogron annonce à sa mère qu’il part pour Chartres. Après une halte arrosée à Bonneval, il prend le tramway pour Chartres. A 19 heures 30, il est rue aux juifs.

Trois détonations

Au comptoir, Rogron commence par se plaindre de l’accueil glacial de sa bien-aimée, mais lui offre à boire et règle en caisse les deux francs de la passe. Tous deux montent à la chambre. Soudain, le drame en trois détonations. L’enquête démontra que La jeune femme mourut sur le coup d’une balle dans le dos ; Rogron survécut à celles qu’il s’était logées dans la poitrine. Selon ses dires, après l’acte consommé, le ton était monté car sa protégée avait exigé un « cadeau » en sus des deux francs. Ce dont la tenancière douta : Odette avait un « bon caractère et n’était pas une fille à créer un incident ». La vérité était que Rogron avait tué car Odette refusait de le suivre.

Avait-il prémédité son acte ? Les témoins furent formels. Au café de Bonneval, il avait fanfaronné : « Je vais à Chartres pour me marier avec une femme qui m’a écrit deux lettres et si elle ne veut pas, je lui casse la tête avec cet objet-là. » C’était un revolver.

Aux assises, l’assassin impassible

La cour d’assises, Chartres. DR.

La mauvaise impression donnée par l’accusé au tribunal fut confirmée par ses antécédents. Jugé paresseux, brutal avec sa mère et sa sœur, exigeant d’elles leur salaire quotidien pour ses dépenses, toujours armé, il était la terreur du pays et avait déjà été condamné trois fois pour coups et blessures. À la fin des débats, Rogron concéda, séchant des larmes, qu’il regrettait son acte. Mais L’assassin de la rue aux juifs accueillit le verdict du jury – vingt ans de travaux forcés – bras croisés, avec un sourire. Milieu de la prostitution, milieu de violence : l’affaire Rogron est contemporaine de « Casque d’or », fille de rue maltraitée, incarnée au cinéma par Simon Signoret.

 

 

Pour en savoir plus : Archives départementales d’Eure-et-Loir, dossier Rogron, 2 U 2 687 et Alain Corbin, Les filles de noce, misère sexuelle et prostitution, XIXe et XXe siècles. Ed. Champs Histoire, 2015.

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As de la voltige de la base aérienne de Chartres

Longtemps consacrée à la formation des pilotes, la base aérienne de Chartres abritait depuis 1923 les activités du 22eme régiment. Les chartrains étaient donc habitués au ronronnement des aéronefs survolant le ciel. Si les accidents étaient assez fréquents, ils se produisaient en périphérie ou dans les campagnes environnantes et jamais la cité Carnute n’en avait été le théâtre. Jusqu’en 1925.

Le Dewoitine D1 C1, avion de chasse monoplace, à ailes surélevées, armé de deux mitrailleuses. Vitesse maximale 255 km/h., Vingt-neuf exemplaires furent fabriqués pour la France. Dont celui que pilotait Simon.

Le plus sidérant eut lieu le 13 mai. Le Petit Journal et Le Petit Parisien – plus de deux millions d’exemplaires par jour – en firent leur une, photographie à l’appui. Ce jour, le lieutenant Simon s’était envolé de la base de Villacoublay pour rejoindre ses camarades du 22ème régiment d’aviation de Chartres. C’était la première fois qu’il avait en main un Dewoitine D1 C1, avion rapide, entièrement métallique et très maniable. Dans les airs, il se livra, comme de coutume, à des acrobaties.

En vrille à la verticale de la cathédrale

L’as de la voltige atteignit Chartres vers 10 heures et effectua à huit cents mètres d’altitude un dernier numéro. Au looping succéda une descente à la verticale afin d’exécuter une vrille, et comme le sol se rapprochait à vue d’œil, Simon voulut redresser son appareil mais, le manœuvrant trop rudement, le fit se cabrer d’un coup. Il était alors à l’aplomb de la rue du Bois-Merrain.

À la seconde, rapportèrent les témoins, il y eut un bruit semblable à du métal brisé mêlé à celui du moteur qui tournait encore ; d’autres parlèrent d’une explosion. L’enquête confirma que la cause de l’accident était le « désentoilage » des ailes provoqué par un redressement trop brusque.

Chroniques d'ici et d'ailleurs Alain Denizet

Les forces de l’ordre sur place. Les débris de l’avion. Source : archives départementales d’Eure-et-Loir, fonds Laillet, 32 Fi 1617.

Quoi qu’il en soit, les toits des immeubles, du Palais du vêtement et du lycée de jeunes filles furent criblés de débris d’aileron tandis que, sous les yeux horrifiés des passants, le reste de l’appareil s’abattait à une vitesse folle sur la place de la Poissonnerie, à l’angle de la maison du Saumon [du « Chaumont », orthographia Le Matin : la ligne téléphonique devait chuinter…]. Juste devant le tertre qui mène à la basse-ville. A cent petits mètres de la cathédrale.

Un mort et deux miracles à l’ombre de la cathédrale

Chroniques d'ici et d'ailleurs, Alain Denizet

Titre en une du Petit Parisien, 14 mai 1925

Sous l’amoncellement indescriptible des débris, on devinait le corps déchiqueté du pilote que les secours eurent toutes les peines du monde à extraire de la carlingue. La cathédrale, la maison du Saumon et le pensionnat de jeunes filles Gohon avaient été épargnées par le crash. C’était un premier miracle. Il y en eut un second, plus incroyable encore : la place de la Poissonnerie, animée d’habitude par les commerces et les jeux des enfants, était à cette heure déserte.

Plaque commémorative et curieuse épitaphe

 » Il a payé de sa vie sa folle imprudence », écrit Le Petit Parisien. Pourtant, Une plaque commémorative fut apposée à l’endroit même de l’accident en 1926. Y est inscrite cette curieuse épitaphe, « mort pour la France ». Ce qui troubla quelque peu. Le pilote était mort en temps de paix en se livrant à des acrobaties qui n’était pas inscrite dans le cadre de sa mission. « L’imprudence folle » aurait pu s’achever en drame.

 

D’autres accidents aériens

Le 15 octobre, un appareil Farman du même régiment d’aviation s’envolait du camp d’aviation et, prenant de la hauteur, se dirigeait sur Chartres. Soudain, un des moteurs cala, puis un second. L’avion qui était à 80 mètres de hauteur parvint à se poser en catastrophe dans le bas du cimetière arrachant de ses ailes les croix et les ornements des tombes. Miracle encore : un jeune peintre occupé à travailler sur l’un des caveaux eut la présence d’esprit de se déporter sur le côté alors qu’une aile menaçait de l’envoyer ad patres.

En 1928, Il n’y eut point de miracle. Ruelle de la Madeleine, à Saint-Chéron, l’avion qui s’écrasa sur la tonnelle d’une maison, tua un père qui déjeunait en famille.

En savoir plus : site de référence http://bibert.fr/Joseph_Bibert_fichiers/BA%20122_Souvenirs.htm

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Un prêtre exemplaire

Enfant de la campagne beauceronne, le jeune Joseph entre au petit séminaire de Saint-Chéron à Chartres en 1884 à l’âge de 13 ans. Élève brillant, il poursuit ses études au grand séminaire jusqu’à son ordination. A 27 ans, il est nommé curé de Chatenay en 1898. Pour tous, paroissiens et supérieurs, il est un prêtre modèle.

Disparition du curé, raz de marée médiatique

Le 24 juillet 1906, sans aucune explication, sans le moindre indice, il disparaît. Montée en épingle dans le contexte de la loi de séparations des Églises et de l’État, l’affaire fait les choux-gras de la presse pendant des mois.  D’autant que face à l’incurie de l’enquête officielle, les titres à sensation dépêchent sur place devins indiens, hypnotiseur et dompteur de hyène afin d’élucider ce qui est devenu « le mystère de Châtenay : crime ou fugue ? 

le roman vrai du curé de Châtenay Alain Denizet

L’affaire fit la une d’août à décembre. Elle traversa les frontières et les océans, suscita des milliers d’articles.

Crime ou fugue ?

Pour les anticléricaux, le curé de Châtenay est parti « en bombe ».  Traduisons : il s’est enfui avec une femme. A moins qu’il ait trempé dans une sombre affaire financière comme son confrère de Nogent-le-Rotrou quatre ans plus tôt.

le roman vrai du curé de Châtenay Alain Denizet

En une du « Matin », 7 août 1906.

De leur côté, les cléricaux défendent la thèse du crime : le chapeau et le vélo du curé n’ont-ils pas été retrouvés dans des bois près d’Etampes ? L’assassinat a aussi pour « avantage » de préserver la réputation du disparu et du même coup celle de l’Eglise. En cette année 1906, cruciale pour son avenir, l’institution a besoin de tout, sauf d’un scandale.

L’enquête, qui avançait à la vitesse de l’escargot, connait à la fin du mois d’août une subite accélération. Un témoignage tardif désigne comme coupable le dénommé« homme de Toury » :  le soir du 24 juillet, il est arrivé dans une auberge de ce bourg beauceron, les vêtements rougis par le sang et l’air hébété. Le juge conclut à l’assassinat et clôt son instruction le 23 septembre.  L’arrestation est une question d’heures.

Cérémonie funèbre sans cercueil.

le roman vrai du curé de Châtenay Alain Denizet

« L’enterrement » , Le Petit Journal, 25 septembre 1906.

Le 24 septembre, deux mois après la disparition du curé, la famille peut procéder à une cérémonie funèbre.  Mais sans cercueil : le corps est resté introuvable.

 « La journée ne s’écoulera pas sans que la lumière peut-être soit faite sur le mystère de Châtenay », écrivait Le Gaulois ce même jour. 

En effet.

 

Au-delà des incroyables rebondissements, ce fait divers interroge sur le pouvoir de la presse, sur le célibat des prêtres et la morale sexuelle de l’Eglise. Et plus largement sur l’influence des religions sur les hommes et sur les femmes.

En savoir plus : « Le roman vrai du curé de Châtenay » vient de sortir des presses… Pour se le procurer : librairies, sites marchands et sur le site des éditions Ella.


 

 

1902, en France : obligation du vaccin contre la variole

Le 22 mai 1902, Le Journal de Chartres rappelle à ses lecteurs l’obligation du vaccin contre la variole. Votée le 15 février 1902 – avec plus d’un demi-siècle de retard par rapport à l’Angleterre -, la loi stipule que « la vaccination antivariolique est obligatoire au cours de la première année de la vie, ainsi que la revaccination au cours de la onzième et de la vingt et unième année ».  Elle impose à toute la population ce qui était jusque-là (mal) appliqué aux diplômés, aux conscrits et aux enfants.

Les résistances sont rudes.

Caricature… Comme le vaccin provenait de la « vaccine », maladie des vaches, les opposants imaginèrent des scénarios catastrophes : les vaccinés accouchent de petits veaux sortant des pantalons, du nez, du ventre…

Des cléricaux y voient un geste bravant le plan divin, des scientifiques s’émeuvent d’une pratique qui contrarie une saine « sélection naturelle », des sceptiques en redoutent les effets funestes. « La bêtise, l’ignorance et l’insouciance et la mauvaise foi des antivaccinateurs sont de redoutables adversaires de la vaccine », écrit – déjà –  Le Matin le 23 décembre 1902.

En France, la variole fait encore des ravages. En 1902, justement, 549 malades en périssent, toutes ou presque sont issues des quartiers pauvres. Encore une fois, la France est à la traîne, se lamente Le Matin, qui cite à l’appui de sa démonstration la « plus gigantesque opération de vaccination » faite dans le monde : celle des Etats-Unis à Porto-Rico en 1899. 

La « plus gigantesque opération de vaccination » faite dans le monde

Quand les Etats-Unis devinrent les maîtres de l’île en 1898, la variole fauchait 700 à 800 personnes par an pour une population d’un million d’habitants.

Dès le 27 janvier 1899, le gouverneur de l’île fait afficher l’arrêté suivant : « Tout habitant qui n’a pas eu cette maladie doit être vacciné. Tout enfant devra être vacciné avant l’âge de 6 mois.  Toute personne qui manquera de se soumettre sera punie. » La suite de l’arrêté montre que nos débats actuels s’inscrivent dans le temps long : « A toute personne qui ne pourra présenter un certificat de vaccination, il sera interdit d’entrer dans une école, de voyager dans une voiture publique, de visiter un théâtre, de recevoir le moindre emploi public etc.. » Selon Le Matin, aucun portoricain « ne crut devoir invoquer les devoirs de conscience et la liberté individuelle »…

1899 : tout Porto Rico vacciné en quatre mois

Grâce à une logistique sans faille, l’opération fut menée tambour battant. Le virus de la vaccine était prélevé sur des génisses qui étaient rassemblées dans une ferme dédiée à cette production.

chroniques dici et d'ailleurs

Jenner administre le vaccin à un enfant. La famille est dans la crainte.

L’anglais Jenner avait été le premier en 1796 à avoir eu l’idée d’inoculer ce virus aux humains afin de les immuniser contre la variole. 15 000 tubes de vaccin sortirent de cette drôle de ferme chaque jour. Dans le pays divisé en cinq zones, directeurs, inspecteurs et médecins étaient à la manœuvre, tenant une comptabilité méthodique et quotidienne des arrivées et des sorties. En quatre mois, près de 900 000 personnes furent vaccinées. En échange, leur fut délivré un certificat de vaccination, synonyme de sésame pour le retour à une vie normale.

Porto Rico 1, France 0

En 1902, relève Le Matin, les habitants de Porto Rico, « plus heureux que ceux Nice, ne connaissent plus la variole que de nom ». De fait, les morts de la cité azuréenne révélaient les débuts chaotiques de la vaccination antivariolique obligatoire en France, faute de moyens de contrôle et de coercition, faute aussi d’un ministère spécifiquement dédié à la Santé dont la création ne date que de 1920. L’OMS estime que la variole est éradiquée depuis 1980. A quand le tour de la Covid 19 ?

En savoir plus Le Matin, 23 décembre 1902 et https://planet-vie.ens.fr/thematiques/sante/prevention/la-longue-histoire-des-resistances-a-la-vaccination

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« Le roman vrai du curé de Châtenay, 1871-1914 ». La vidéo.

 

 


 

chroniques d'ici et d'ailleurs Alain DenizetDes objets qui volent…

En 1849 à Guillonville, village du sud de l’Eure-et-Loir, d’étranges phénomènes attirent savants, prêtres et journalistes : une domestique de ferme de 14 ans, Adolphine Benoît a la faculté d’attirer et de repousser les objets. Elle est aussitôt baptisée la « jeune fille électrique ».

Le docteur Larcher de Sancheville qui l’examine décrit les premières manifestations de ses pouvoirs. Grâce à sa « force d’attraction extraordinaire à l’endroit des objets qui l’entourent, tout à coup les deux portes d’une armoire fermée à clé s’ouvrirent toutes seules, et le linge qu’elle contenait est jeté à travers la chambre, comme lancé par une main invisible. »

 

chroniques d'ici et d'ailleurs Alain DenizetLes prodiges se multiplient. Tantôt, un collier de cheval vient se placer sur ses épaules, tantôt des corbeilles de pain lui tombent sur la tête ; d’autre fois, toutes sortes d’objets, bouts de chandelle, morceaux de viande et boucles d’oreille de sa maîtresse – heureux hasard -, se retrouvent dans ses poches. Les lois de l’apesanteur sont même défiées puisque des planches appuyées sur une seule de leur extrémité tiennent en équilibre.

                                     Que faire ?

Ne sachant plus à quel saint se vouer, sa maîtresse, la femme Dolléans, lui demande de « réciter à genoux les sept psaumes de la pénitence » Mais à peine la jeune fille est-elle agenouillée qu’une force irrépressible lui tire sa robe. Une discrète surveillance quotidienne ne dévoile apparemment aucune rouerie. Alors ?

Villageois, curés et scientifiques s’accordent sur la réalité de ces mystérieuses manifestations, mais leurs explications diffèrent.

Deux hypothèses : diablerie ou état pathologique…

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Pour le clergé, la jeune fille électrique était possédée par le Malin. Le curé de Cormainville procéda donc à l’exorcisme et, miracle, « le jour même l’obsession disparut entièrement ». L’abbé Lecanu, docteur en théologie du clergé de Paris, fit d’Adolphine Benoît une preuve de l’action diabolique dans son ouvrage « l’histoire de Satan », publié en 1861

Et les scientifiques ? A propos du cas similaire de la petite Angélique Cottin survenu en 1846 dans l’Orne, Louis Figuier estimait qu’elle éprouvait un « état électrique qui existe naturellement chez certains poissons et qui peut se montrer passagèrement chez l’homme à l’état pathologique ». Les émanations électriques qui se déploient à partir du corps sont alors une théorie en vogue. Ce savant ne remettait pas en cause les états convulsifs de la jeune fille et ses effets ahurissants.

ou magistrale supercherie ?

Mais pour le chartrain Morin, un temps sous-préfet de Nogent le Rotrou et bon connaisseur des superstitions populaires, il n’y avait ni « Satan », ni « état électrique », mais une magistrale supercherie. Après enquête, il jugea que la domestique, aidée par des complices, avait dupé un entourage bien crédule, aux mentalités habitées par le péril démoniaque.

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En effet, à cette époque, le diable était réputé pouvoir s’incarner dans des jeunes filles en proie aux troubles de la puberté, mais aussi dans les feux-follets ou encore dans les loups-garous. Ces croyances encore bien vivantes au milieu du XIXe siècle se conjuguaient – ou s’affrontaient, c’est selon – avec les progrès de la science et la foi catholique.

En savoir plus : Journal l’Abeille, 14 mars 1849 ;  Louis Figuier, Histoire du merveilleux dans les temps modernes, tome 4, Paris, Hachette, 1860 pp. 199-200. Les poissons en question sont le silure, la raie, le gymnote et la torpille ; Sevrin, croyances populaires et médecine supranaturelle en Eure etLoir au XIXe siècle. RHEF, année 1948, volume 32, n° 121 p. 296.

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choniques d'ici et d'ailleurs,Mariage à Brou, 12 novembre 1951 : Le curé dans la cage aux lions !

À chaque Toussaint, les circassiens de la famille Beautour se réunissaient à Brou pour y honorer la mémoire de leurs disparus. Fidèles à leurs racines, ils choisirent Brou pour la célébration du mariage entre le dompteur Alfredo et Yolande Prin, trapéziste et jongleuse.

 

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La mariée et son père dans les rues de Brou. L’Echo de Brou, 15 novembre 1951.

Le vendredi, en prélude à la cérémonie, une représentation fut donnée place des Halles devant trois-mille spectateurs éblouis. Le samedi, les époux échangèrent leur consentement à la mairie, puis à l’église. Mais la foule attendait le clou du spectacle qui avait pour écrin le cirque lui-même. Un évènement si extraordinaire qu’il avait attiré les reporters des actualités cinématographiques RKO et Pathé : les mariés avaient demandé au curé de Brou de bénir leur union dans la cage aux lions. Avec les lions.

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Le curé Jaguin, les mariés et les lions en arrière-plan. L’Echo de Brou, 15 novembre 1951.

 À 12 heures 30, dans un chapiteau bondé, l’abbé Jaguin en surplis de chœur et d’étole pénétra dans l’enceinte à l’invitation du dompteur, puis en présence des mariés et de six lions assis sous leur tabouret d’exercice (contenus du regard par un dompteur « des plus expérimentés », précisa L’Echo de Brou…), il récita les prières, leva les bras au ciel et, d’un geste ample, donna la bénédiction au couple, soulevant alors une salve d’applaudissements.

 

 

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L’Echo de Brou, 15 novembre 1951.

Le reportage devait être diffusé dans l’émission de télévision de Jean Nohain « Surprise de la France » au Poste Parisien le 18 novembre 1951. C’était le temps des premières télévisions….

Aujourd’hui, les cirques Beautour et Prin (Lydia Circus) perpétuent la tradition avec parmi les artistes des petits-enfants d’Alfredo et de Yolande.

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chroniques d'ci et d'ailleurs Alain Denizet faits diversDe la gare de Chartres à Auschwitz.

Rétrospectivement, l’article de La Dépêche d’Eure-et-Loir fait frémir. Il reflète l’antisémitisme qui sévissait en toute impunité dans la presse française d’avant-guerre.  Le journal rapporte un jugement du tribunal correctionnel du 7 janvier 1938.

Deux « israélites » arrêtés en gare de Chartres

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La gare de Chartres dans le premier tiers du 20e siècle. Collection de L’Apostrophe, Chartres.

la police appréhende à la gare deux « Israélites » porteurs d’un panneau rédigé en français et en allemand sur lequel ils demandaient aide et assistance pour gagner la Palestine, où avaient déjà émigré près de 300.000 juifs. L’un était originaire de Leipzig, l’autre de Mlawa « prétend » qu’il avait fui pour échapper à un pogrom : « Où voulez-vous que j’aille, dit-il au juge, tous les jours en Pologne, ce sont les cris : “mort aux juifs !” En Allemagne, il y a Hitler et en Italie, Mussolini. » En Allemagne l’antisémitisme avait force de loi et en Pologne, la situation empira à partir de 1936 : boycott des magasins, interdiction d’entrer à l’université. La droite et l’ Eglise prônaient la déjudaïsation ».

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Un extrait de l’article. Les deux Juifs y sont qualifiés « d’indésirables »

Mais rien pour émouvoir le journaliste qui poursuit dans l’ironie : « Naturellement, restait la France et un vieux dicton juif ne dit-il pas “Heureux comme Dieu en France” ».Classés « nomades », les deux hommes n’avaient en poche qu’une autorisation de solliciter des papiers qui leur avait été délivrés, sans doute complaisamment, par le consulat polonais de Strasbourg. « Inutile de s’étonner que la France contienne tant d’indésirables », se lamenta le faitdiversier.

Ce qu’il advint d’eux

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Vajsbrod Mordka Hertz et Gothelf Gdala furent condamnés à quatre mois de prison pour « vagabondage, défaut de carnet anthropométrique » et « pour avoir voyagé en chemin de fer de Maintenon à Chartres sans avoir acquitté le prix du parcours ». Gothelf Gdala est mort à Auschwitz, en juillet 1942.

Sans surprise, La Dépêche d’Eure-et-Loir fut pendant la guerre le soutien du régime de Vichy et de sa politique antisémite.

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choniques d'ici et d'ailleurs,Savante et « néanmoins charmante », Le Matin, 13 octobre 1906.

 

L’auteur de l’article, Gustave Tèry qui partagea la vie d’une intellectuelle, la journaliste Annie de Pène, se présente comme « féministe ».

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Pour autant, le chapeau et la teneur de son article révèlent les préjugés dont étaient accablées les femmes savantes à la Belle Epoque : elles devaient être fatalement laides et masculines.

« La Française de la fin de notre siècle, lit-on en 1889 dans la revue Les causeries familières a une tendance marquée à se masculiniser qui ne peut contribuer à l’embellir. Elle chasse, elle fume, elle affecte des allures indépendantes et provocantes ; pour comble, enfin, elle demande à revêtir le costume masculin »

Dans Le Matin, Gustave Tèry réserve ses coups de griffe aux « doctoresses » anglaises et teutonnes.  Car l’honneur de la France est sauf grâce à Mlle Robert, première femme à intégrer l’Ecole Normale, auteure d’une étude sur « l’hémolyse des globules sanguins par l’acide acétique.  « Néanmoins, elle est charmante », écrit ce « féministe » qui poursuit : 

« Je puis bien le confesser : si féministe que je sois, je ne me faisais guère d’illusions sur les charmes de cette docte demoiselle. J’en ai vu, dans les universités d’outre-Rhin ou d’outre-Manche de ces doctoresses, pauvres filles sans âge et sans sexe, si dénuées de tout « appât » qu’elles semblent avoir été aplaties et séchées entre les pages de leurs bouquins ».

chroniques d'ci et d'ailleurs Alain Denizet faits diversPuis, il raconte sa visite. Quand la porte du domicile de la normalienne s’ouvre, c’est la stupéfaction.

« -Mademoiselle Robert ? – C’est moi, Monsieur, dit la toute jeune fille. Je précise : – Je voudrais voir Mademoiselle Robert, licenciée ès sciences qui sera demain élève de l’Ecole normale supérieure…  : je vous dis que c’est moi. Pas possible ! Mais elle est charmante, la normalienne, elle est jolie, elle est blonde… Je n’en reviens pas ».

Elle raconte au journaliste ébahi  ses études chez les sœurs de la rue Rocafort,  à l’école de la rue Vauquelin, puis sa licence à la Sorbonne qu’elle achève, major de promotion. La future normalienne accepte la photographie en une mais ajoute en fille bien élevée, « il faut que je demande à Papa… »

Notons que Simone, la fille de Gustave Téry fut reçue au même âge – 22 ans – à l’agrégation de philosophie en 1919. Engagée à gauche, elle devint journaliste à « L’Humanité ». On ne sait si le papa la jugea « néanmoins charmante »…

SourcesLe Matin, 13 octobre 1906.

En savoir plus : Eric Sartori Histoire des femmes scientifiques de l’Antiquité au xxesiècle, Paris, Plon, 2006 et Guillaume Pinson, « La femme masculinisée dans la presse mondaine française de la Belle Époque », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés, no 30,‎ 2009, p. 131-146.

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choniques d'ici et d'ailleurs,Cyclone à Dreux, 18 août 1890

  Le cataclysme qui frappe Dreux fait la une du Petit Journal le 21 aout 1890 : « C’était lundi,  Il était neuf heure et demie du soir environ, la journée avait été très chaude et exceptionnellement lourde ».  Au dessus de Vernouillet, deux masses orageuses firent jonction et soudain, décrit le journal « un tourbillon aspirant, lancé à une vitesse de milliers de kilomètres  à l’heure » emporta tout sur son passage.

     « En trente secondes », le paysage fut dévasté sur une bande de deux cents mètres de large et de dix kilomètres de longueur jusqu’à Brissard, hameau d’Abondant. A Dreux, le faubourg Saint Thibault n’était que ruine et décombre, pulvérisé, En campagne, on retrouva des milliers d’arbres déracinés. Certains troncs avaient été emportés à 150 mètres. Par miracle, on ne releva que quelques blessés et un seul mort.     

      chroniques d'ci et d'ailleurs Alain Denizet faits divers             Dans son édition du 26 août,  Le Matin inscrit la catastrophe de Dreux dans un contexte plus large. Il relève que des sinistres identiques ont éclaté à Saint Claude (Jura), à Belfort, dans les cantons de Vaud et de Neufchâtel en Suisse ainsi qu’à Wilkes-barre aux Etats-Unis. Cette violence stupéfie d’autant plus qu’on ne sait l’expliquer.

Les scientifiques désemparés

       « Les orages éclatent sur tous les points du globes avec une violence inaccoutumée et les journaux relatent chaque jour l’apparition de nombreux cyclones qui dévastent des villes entières. Depuis des mois, la fréquence des phénomènes météorologiques étonne et inquiète les savants qui n’en peuvent indiquer les causes. Les astronomes officiels ne savent à quoi attribuer ces effrayantes perturbations atmosphériques ». 

        La solidarité s’organise : Le ministre de l’intérieur fait remettre au sous préfet de Dreux une somme de dix mille francs pour les victimes auxquels s’ajoutent les cinq mille francs du comte de Paris.  La Chapelle Royale a été épargnée.

Sources : Le Petit Journal, 21 août 1906, Le Matin, 26 août 1906.

En savoir plus : https://www.keraunos.org/actualites/faits-marquants/1850-1899/tornade-dreux-ef3-18-aout-1890-eure-et-loir-centre-orage.html et http://dreux-par-pierlouim.over-blog.com/2015/08/il-y-a-125-ans-dreux-subissait-une-desastreuse-tornade.html

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