Chroniques d’ici et d’ailleurs,

 

choniques d'ici et d'ailleurs,Mariage à Brou, 12 novembre 1951 : Le curé dans la cage aux lions !

À chaque Toussaint, les circassiens de la famille Beautour se réunissaient à Brou pour y honorer la mémoire de leurs disparus. Fidèles à leurs racines, ils choisirent Brou pour la célébration du mariage entre le dompteur Alfredo et Yolande Prin, trapéziste et jongleuse.

 

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La mariée et son père dans les rues de Brou. L’Echo de Brou, 15 novembre 1951.

Le vendredi, en prélude à la cérémonie, une représentation fut donnée place des Halles devant trois-mille spectateurs éblouis. Le samedi, les époux échangèrent leur consentement à la mairie, puis à l’église. Mais la foule attendait le clou du spectacle qui avait pour écrin le cirque lui-même. Un évènement si extraordinaire qu’il avait attiré les reporters des actualités cinématographiques RKO et Pathé : les mariés avaient demandé au curé de Brou de bénir leur union dans la cage aux lions. Avec les lions.

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Le curé Jaguin, les mariés et les lions en arrière-plan. L’Echo de Brou, 15 novembre 1951.

 À 12 heures 30, dans un chapiteau bondé, l’abbé Jaguin en surplis de chœur et d’étole pénétra dans l’enceinte à l’invitation du dompteur, puis en présence des mariés et de six lions assis sous leur tabouret d’exercice (contenus du regard par un dompteur « des plus expérimentés », précisa L’Echo de Brou…), il récita les prières, leva les bras au ciel et, d’un geste ample, donna la bénédiction au couple, soulevant alors une salve d’applaudissements.

 

 

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L’Echo de Brou, 15 novembre 1951.

Le reportage devait être diffusé dans l’émission de télévision de Jean Nohain « Surprise de la France » au Poste Parisien le 18 novembre 1951. C’était le temps des premières télévisions….

Aujourd’hui, les cirques Beautour et Prin (Lydia Circus) perpétuent la tradition avec parmi les artistes des petits-enfants d’Alfredo et de Yolande.


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Mai 1903 : Course automobile Paris-Madrid. Sept morts dont Nixon à Bonneval et Marcel Renault, près de Poitiers.

 

Organisée par l’Automobile Club de France, la première course automobile Paris-Madrid est l’évènement sportif de l’année. Cent-vingt-sept as du volant sont inscrits et parmi eux, Leslie Porter et son copilote Nixon, garagistes à Belfast.

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Leslie Porter au volant et William Nixon en 50 HP Wolseley.

le 24, partis en dehors des délais de Chartres à cause d’incidents mécaniques, ils arrivent au passage à niveau de Bonneval à 11 heures 45. Trop tard. Les agents de sécurité chargés de signaler aux pilotes la dangerosité du virage avaient plié bagage depuis dix minutes…

Lancé à une allure « vertigineuse » – un témoin s’exclama : « Il va arriver un malheur » – Porter ne put virer et fonça dans la maisonnette, provoquant un tel choc qu’instantanément le réservoir à pétrole explosa et la voiture prit feu. Éjecté du bolide, Porter fut retrouvé contusionné. Mais Nixon, encastré dans la carcasse, était mort d’une fracture du crâne.

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Luisant : un autre équipage passe au plus près des spectateurs… ( Archives départementales d’Eure-et-Loir, fonds Nessler-Rioton, 39 Fi 14-206.B)

Le 14 janvier 1904, inculpé d’homicide par imprudence, le pilote s’expliquait devant le tribunal correctionnel de Châteaudun. Sensible aux arguments de l’avocat qui avait dénoncé l’incurie de l’organisation, le juge se contenta d’une amende de 200 francs. La course s’arrêta d’ailleurs à Bordeaux, au terme d’une première étape meurtrière. Car au malheureux Nixon – premier de la série – s’ajoutèrent sept autres morts, spectateurs ou compétiteurs comme Marcel Renault près de Poitiers, frère de Louis…

 

 

chroniques d'ci et d'ailleurs Alain Denizet faits diversLe 28 mai, l’éditorialiste du Journal de Chartres s’inquiète de ce que les bolides s’accaparement les routes nationales  là où « il faisait si bon se promener la canne à la main le dimanche ». Du cent et du sang », dénoncèrent les journaux. Les courses automobiles avec étapes entre villes furent interdites. Les bolides n’eurent alors le droit de rugir que dans des circuits fermés.

En savoir plus : Page wikipédia Paris-Madrid 1903 et Jean-Robert Dulier, La Grandiose et meurtrière course Paris-Madrid, éd. automobiles Paul Couty, 1966, 190p. 

 

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chroniques d'ci et d'ailleurs Alain Denizet faits diversDe la gare de Chartres à Auschwitz.

Rétrospectivement, l’article de La Dépêche d’Eure-et-Loir fait frémir. Il reflète l’antisémitisme qui sévissait en toute impunité dans la presse française d’avant-guerre.  Le journal rapporte un jugement du tribunal correctionnel du 7 janvier 1938.

Deux « israélites » arrêtés en gare de Chartres

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La gare de Chartres dans le premier tiers du 20e siècle. Collection de L’Apostrophe, Chartres.

la police appréhende à la gare deux « Israélites » porteurs d’un panneau rédigé en français et en allemand sur lequel ils demandaient aide et assistance pour gagner la Palestine, où avaient déjà émigré près de 300.000 juifs. L’un était originaire de Leipzig, l’autre de Mlawa « prétend » qu’il avait fui pour échapper à un pogrom : « Où voulez-vous que j’aille, dit-il au juge, tous les jours en Pologne, ce sont les cris : “mort aux juifs !” En Allemagne, il y a Hitler et en Italie, Mussolini. » En Allemagne l’antisémitisme avait force de loi et en Pologne, la situation empira à partir de 1936 : boycott des magasins, interdiction d’entrer à l’université. La droite et l’ Eglise prônaient la déjudaïsation ».

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Un extrait de l’article. Les deux Juifs y sont qualifiés « d’indésirables »

Mais rien pour émouvoir le journaliste qui poursuit dans l’ironie : « Naturellement, restait la France et un vieux dicton juif ne dit-il pas “Heureux comme Dieu en France” ».Classés « nomades », les deux hommes n’avaient en poche qu’une autorisation de solliciter des papiers qui leur avait été délivrés, sans doute complaisamment, par le consulat polonais de Strasbourg. « Inutile de s’étonner que la France contienne tant d’indésirables », se lamenta le faitdiversier.

Ce qu’il advint d’eux

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Vajsbrod Mordka Hertz et Gothelf Gdala furent condamnés à quatre mois de prison pour « vagabondage, défaut de carnet anthropométrique » et « pour avoir voyagé en chemin de fer de Maintenon à Chartres sans avoir acquitté le prix du parcours ». Gothelf Gdala est mort à Auschwitz, en juillet 1942.

Sans surprise, La Dépêche d’Eure-et-Loir fut pendant la guerre le soutien du régime de Vichy et de sa politique antisémite.

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choniques d'ici et d'ailleurs,Savante et « néanmoins charmante », Le Matin, 13 octobre 1906.

 

L’auteur de l’article, Gustave Tèry qui partagea la vie d’une intellectuelle, la journaliste Annie de Pène, se présente comme « féministe ».

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Pour autant, le chapeau et la teneur de son article révèlent les préjugés dont étaient accablées les femmes savantes à la Belle Epoque : elles devaient être fatalement laides et masculines.

« La Française de la fin de notre siècle, lit-on en 1889 dans la revue Les causeries familières a une tendance marquée à se masculiniser qui ne peut contribuer à l’embellir. Elle chasse, elle fume, elle affecte des allures indépendantes et provocantes ; pour comble, enfin, elle demande à revêtir le costume masculin »

Dans Le Matin, Gustave Tèry réserve ses coups de griffe aux « doctoresses » anglaises et teutonnes.  Car l’honneur de la France est sauf grâce à Mlle Robert, première femme à intégrer l’Ecole Normale, auteure d’une étude sur « l’hémolyse des globules sanguins par l’acide acétique.  « Néanmoins, elle est charmante », écrit ce « féministe » qui poursuit : 

« Je puis bien le confesser : si féministe que je sois, je ne me faisais guère d’illusions sur les charmes de cette docte demoiselle. J’en ai vu, dans les universités d’outre-Rhin ou d’outre-Manche de ces doctoresses, pauvres filles sans âge et sans sexe, si dénuées de tout « appât » qu’elles semblent avoir été aplaties et séchées entre les pages de leurs bouquins ».

chroniques d'ci et d'ailleurs Alain Denizet faits diversPuis, il raconte sa visite. Quand la porte du domicile de la normalienne s’ouvre, c’est la stupéfaction.

« -Mademoiselle Robert ? – C’est moi, Monsieur, dit la toute jeune fille. Je précise : – Je voudrais voir Mademoiselle Robert, licenciée ès sciences qui sera demain élève de l’Ecole normale supérieure…  : je vous dis que c’est moi. Pas possible ! Mais elle est charmante, la normalienne, elle est jolie, elle est blonde… Je n’en reviens pas ».

Elle raconte au journaliste ébahi  ses études chez les sœurs de la rue Rocafort,  à l’école de la rue Vauquelin, puis sa licence à la Sorbonne qu’elle achève, major de promotion. La future normalienne accepte la photographie en une mais ajoute en fille bien élevée, « il faut que je demande à Papa… »

Notons que Simone, la fille de Gustave Téry fut reçue au même âge – 22 ans – à l’agrégation de philosophie en 1919. Engagée à gauche, elle devint journaliste à « L’Humanité ». On ne sait si le papa la jugea « néanmoins charmante »…

SourcesLe Matin, 13 octobre 1906.

En savoir plus : Eric Sartori Histoire des femmes scientifiques de l’Antiquité au xxesiècle, Paris, Plon, 2006 et Guillaume Pinson, « La femme masculinisée dans la presse mondaine française de la Belle Époque », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés, no 30,‎ 2009, p. 131-146.

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choniques d'ici et d'ailleurs,Cyclone à Dreux, 18 août 1890

  Le cataclysme qui frappe Dreux fait la une du Petit Journal le 21 aout 1890 : « C’était lundi,  Il était neuf heure et demie du soir environ, la journée avait été très chaude et exceptionnellement lourde ».  Au dessus de Vernouillet, deux masses orageuses firent jonction et soudain, décrit le journal « un tourbillon aspirant, lancé à une vitesse de milliers de kilomètres  à l’heure » emporta tout sur son passage.

     « En trente secondes », le paysage fut dévasté sur une bande de deux cents mètres de large et de dix kilomètres de longueur jusqu’à Brissard, hameau d’Abondant. A Dreux, le faubourg Saint Thibault n’était que ruine et décombre, pulvérisé, En campagne, on retrouva des milliers d’arbres déracinés. Certains troncs avaient été emportés à 150 mètres. Par miracle, on ne releva que quelques blessés et un seul mort.     

      chroniques d'ci et d'ailleurs Alain Denizet faits divers             Dans son édition du 26 août,  Le Matin inscrit la catastrophe de Dreux dans un contexte plus large. Il relève que des sinistres identiques ont éclaté à Saint Claude (Jura), à Belfort, dans les cantons de Vaud et de Neufchâtel en Suisse ainsi qu’à Wilkes-barre aux Etats-Unis. Cette violence stupéfie d’autant plus qu’on ne sait l’expliquer.

Les scientifiques désemparés

       « Les orages éclatent sur tous les points du globes avec une violence inaccoutumée et les journaux relatent chaque jour l’apparition de nombreux cyclones qui dévastent des villes entières. Depuis des mois, la fréquence des phénomènes météorologiques étonne et inquiète les savants qui n’en peuvent indiquer les causes. Les astronomes officiels ne savent à quoi attribuer ces effrayantes perturbations atmosphériques ». 

        La solidarité s’organise : Le ministre de l’intérieur fait remettre au sous préfet de Dreux une somme de dix mille francs pour les victimes auxquels s’ajoutent les cinq mille francs du comte de Paris.  La Chapelle Royale a été épargnée.

Sources : Le Petit Journal, 21 août 1906, Le Matin, 26 août 1906.

En savoir plus : https://www.keraunos.org/actualites/faits-marquants/1850-1899/tornade-dreux-ef3-18-aout-1890-eure-et-loir-centre-orage.html et http://dreux-par-pierlouim.over-blog.com/2015/08/il-y-a-125-ans-dreux-subissait-une-desastreuse-tornade.html

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