1857, le petit Drouin, incendiaire criminel

Le feu à Bailleau-le-Pin !

Le 20 juillet 1857 vers 7 heures 30, les bâtiments du cultivateur Ferrière à Bailleau-le-Pin (Eure-et-Loir) sont la proie des flammes. L’enquête envisage d’abord l’imprudence. Mais la mère Ferrière se porte garante du domestique : « Il a battu hier du seigle dans notre grange jusqu’à 4 heures et demi du soir, heure à laquelle je suis allée le chercher pour goûter. Après, il est allé garder les moutons (…) il ne fume pas et je n’ai jamais vu d’allumettes sur lui. » Et aux enquêteurs qui suspectent son fournil, elle répond : « Comme je le fais d’ordinaire, j’ai laissé ma braise dans le pourtour du four et elle s’y consume en cendre. On ne peut pas croire comme vous le dîtes que des chats aient emporté à leur robe du feu du fournil à la grange. » Ni fumeur, ni braises du fournil, l’imprudence est écartée. Il y a donc eu crime. Qui l’a commis ?

alain denizet chroniques d'ici et d'ailleurs

Pompe à incendie. Elle se développe à la mitan

du XIXe siècle. L’eau est puisée dans les mares.

 

Escroquerie à l’assurance ?

Commune dans ce genre d’affaire, une rumeur fait son chemin : Ferrière aurait mis le feu pour toucher la prime d’assurance. Hypothèse rejetée par le commissaire de police : « S’il en était ainsi, Ferrière dont le mobilier n’était pas assuré n’aurait pas laissé brûler trois voitures, un tarare, un âne, un porc, un veau et des volailles. » Et, argument imparable, « les bâtiments qui ont été brûlés étaient assurés pour une somme inférieure à leur valeur réelle ».

Le témoignage du petit Drouin

Un « petit Drouin » croqué par Auguste Hoyau,le dessinateur du«  Messager de la Beauce et du Perche ».

L’enquête semble avancer avec le témoignage du petit Drouin qui affirme avoir vu juste avant l’incendie « un petit gars étranger au pays âgé de 13 à 14 ans, mal vêtu (…) Il allait tout doucement, mais quand il m’a vu, il a pris ses sabots à la main et s’est mis à courir ». Témoignage d’autant plus crédible qu’il conforte des mentalités toujours méfiantes par rapport aux étrangers. Pressé de questions, le petit Drouin assure qu’étant « sur le point de faire sa première communion, il ne veut point mentir ». D’ailleurs, précise-t-il, au moment fatal, il était chez l’instituteur à faire une dictée.

De témoin à incendiaire…

Mais l’instituteur… dément. Le mensonge est éventé et le petit Drouin raconte alors son geste. « En rentrant de l’école, j’avais trouvé chez mon père deux allumettes chimiques. J’ai été du côté de la maison de Ferrière chercher une balle que j’avais logée sur le toit de la grange. Je grimpai sur la couverture, je pris ma balle que je mis dans ma poche, j’en retirai en même temps les deux allumettes (…) j’ai mis le feu à la paille qui était dans la grange. »

Le plan de la ferme Ferrière. Archives départementales d’Eure-et-Loir. Série U, cour d’assises. 2 U 2 403.

Naïvement, il dévoile ses mobiles d’enfant : « Je n’avais pas encore vu de près un incendie et je désirais en voir un (…) Je ne pensais pas qu’il deviendrait aussi gros, je pensais qu’il resterait petit et qu’il s’éteindrait tout seul. » À la fascination pour le feu, il ajoute une raison toute personnelle : « Ferrière n’est pas bien avec moi, il ne me répond pas quand je lui dis bonjour. »  Motifs dérisoires au regard des pertes subies et de la condamnation. Ferrière a perdu 10 000 francs, soit 10 fois le revenu annuel d’un cultivateur aisé. Quant au petit Drouin, jugé responsable de ses actes du haut de ses 10 ans, il fut condamné à la maison de correction jusqu’à ses 20 ans révolus.

Extrait de l’interrogatoire du petit Drouin. Archives départementales d’Eure-et-Loir. Série U, cour d’assises, 2 U 2 403.

Le cas du petit Drouin n’est pas isolé.

Le 21 août 1842, le préfet d’Eure et Loir adressait un rapport alarmant au ministre de l’intérieur : « Des incendies ont lieu très fréquemment dans mon département, presque tous causés par l’imprudence des enfants qu’on laisse jouer avec des allumettes chimiques. » Le problème n’est pas encore résolu à la fin du siècle puisqu’en 1893, 18 incendies sur 167 sont imputables à des enfants, attirés par le feu, ou à de jeunes domestiques, rudoyés par leur maître.

En savoir plus : Archives départementales d’Eure-et-Loir. Série U, cour d’assises. 2 U 2 403 et https://www.histoire-genealogie.com/Au-XIXe-siecle-les-incendies-en