31 mai 1923 : Maurice Viollette agressé à l’encre violette

Maire de Dreux depuis 1908, ministre du Ravitaillement en 1917, député, ténor du parti radical, franc-maçon et membre de la Ligue des droits de l’homme… Maurice Violette est l’homme politique le plus influent du département, mais aussi l’une des bêtes noires de l’extrême droite.

Chroniques euréliennes Alain Denizet

Intérieur de la maison Viollette à Dreux.http://dreux-par-pierlouim.over-blog.com/2020/10/maurice-viollette-en-sa-maison.html

L’agression du 31 mai à l’encre violette

Le 31 mai 1923, en quittant son domicile parisien en compagnie de sa femme, boulevard Montparnasse, pour se rendre à un meeting de la Ligue des droits de l’homme « contre les méthodes du fascisme », Viollette est agressé. Au Petit Parisien, il raconte les faits :

« Comme nous nous préparions à monter en voiture, nous aperçûmes un individu qui se tenait caché près d’un petit hôtel proche de l’immeuble que nous habitons. Il tenait à la main un récipient, se précipita vers nous et nous lança à la volée un mélange d’encre et d’un liquide que l’on croit être de la térébenthine. Puis il s’enfuit tentant de sauter dans un autobus. À nos cris, deux jeunes gens se mirent à sa poursuite et réussirent à l’arrêter. Il fut conduit au commissariat de Notre Dame des Champs. »

Par précaution, Viollette et son épouse sont conduits à l‘hôpital Laennec où l’on s’assure de l’innocuité du liquide, mélange de térébenthine et d’encre… violette. « Viollette enluminé » ironisa le journal  de Maurras, L’Action Française.

Chroniques euréliennes Alain Denizet

Une du Petit Journal, 1er juin 1923.

Un coup des « camelots du roi » 

Pas une égratignure, mais des vêtements souillés, des réactions conjonctivales pour le maire de Dreux et, pour son épouse, une commotion nerveuse qui la maintint à l’hôpital. L’agresseur, Henri Martin, étudiant en médecine, appartenait aux « Camelots du roi », mouvement monarchiste, antirépublicain et bras armé de L’ Action Française dont Maurras était le chef vénéré.

On retrouva dans son appartement une lettre du chef des camelots du roi, ainsi libellée : « Mon cher camarade, voulez-vous vous trouver demain soir, 31 mai, à 7 heures du soir au coin de de la rue du départ et de la gare Montparnasse. Votre chef d’équipe vous y donnera des instructions ». Martin avoua sans difficulté avoir moucheté Maurice Viollette, mais jura avoir tout fait pour éviter Mme Viollette dont le manteau pourtant était maculé à la manche et à la poitrine.

Deux autres députés agressés : coups de canne et huile de ricin

Le même jour et à la même heure, Moutet et Sangnier, deux autres orateurs annoncés au meeting de la Ligue des droits de l’Homme étaient victimes d’attaques ; le premier corrigé de coups de canne et le second forcé d’ingurgiter de l’huile de ricin. Charles Maurras en revendiqua l’entière responsabilité. Ces méthodes rappelaient celles des chemises noires, lesquelles avaient porté Mussolini à la tête de l’Italie l’année précédente. 

Chroniques euréliennes Alain Denizet

Caricature publiée par le journal d’extrême droite, L’Action Française, 5 juin 1923.

S’unir contre la menace « fasciste »

Comme ces agressions faisaient suite à un chapelet de violence contre des républicains – du sac du journal L’Œuvre à la tentative de meurtre contre Joseph Caillaux – les journaux de gauche brandirent la menace fasciste et engagèrent le gouvernement de Poincaré, jugé trop mollasson, à assurer « la liberté de la rue ».

Le 2 juin, Léon Daudet, député et polémiste d’extrême droite, fut hué aux cris de « Daudet, assassin » dans l’hémicycle. À une large majorité, les députés votèrent une motion de défense de la République contre le « complot royaliste ».  À Dreux, le conseil municipal assura le maire et sa femme de « sa sympathie émue » et protesta « contre des mœurs politiques absolument intolérables dans une République ».

Les ligueurs condamnés à la prison ferme

Chroniques euréliennes Alain Denizet

Une de L’Excelsior, 27 juin 1923. Maurice Viollette est en bas à droite, Charles Maurras en haut à gauche

Le procès se tint le 27 juin 1923. La onzième chambre correctionnelle de Paris infligea aux ligueurs d’extrême droite des peines de prison ferme, quatre mois pour Maurras et trois pour Henri Martin, le jeteur d’encre violette.

En savoir plus :

Maurice Viollette, un homme, trois républiques, Musée des beaux arts de Chartres, textes de Françoise Gaspard,  1985.

Françoise Gaspard, Maurice Viollette : homme politique, éditorialiste, Pontoise, Edijac, , 253 p.

Françoise Gaspard (dir.) (préf. François Mitterrand), Maurice Viollette, 1870-1960 : de Dreux à Alger, Paris, L’Harmattan, coll. « Histoire et perspectives méditerranéennes », , 207 p.

Association Les amis de Maurice Viollette. Contacter Eric Duquesnoy. e.duquesnoy2405@gmail.com

Visiter « la maison Maurice Viollette »22 rue Loiseleur-Deslongchamps 28100 DREUX