1938, de la gare de Chartres à Auschwitz

chroniques d'ci et d'ailleurs Alain Denizet faits divers1938 : antisémitisme ordinaire  dans la presse chartraine.

Rétrospectivement, l’article de La Dépêche d’Eure-et-Loir fait frémir. Il reflète l’antisémitisme qui sévissait en toute impunité dans la presse française d’avant-guerre.  Le journal rapporte un jugement du tribunal correctionnel du 7 janvier 1938.

Deux « israélites » arrêtés en gare de Chartres

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La gare de Chartres dans le premier tiers du 20e siècle. Collection de L’Apostrophe, Chartres.

la police appréhende à la gare deux « Israélites » porteurs d’un panneau rédigé en français et en allemand sur lequel ils demandaient aide et assistance pour gagner la Palestine, où avaient déjà émigré près de 300.000 juifs. L’un était originaire de Leipzig, l’autre de Mlawa « prétend » qu’il avait fui pour échapper à un pogrom : « Où voulez-vous que j’aille, dit-il au juge, tous les jours en Pologne, ce sont les cris : “mort aux juifs !” En Allemagne, il y a Hitler et en Italie, Mussolini. » En Allemagne l’antisémitisme avait force de loi et en Pologne, la situation empira à partir de 1936 : boycott des magasins, interdiction d’entrer à l’université. La droite et l’ Eglise prônaient la déjudaïsation ».

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Un extrait de l’article. Les deux Juifs y sont qualifiés « d’indésirables »

Mais rien pour émouvoir le journaliste qui poursuit dans l’ironie : « Naturellement, restait la France et un vieux dicton juif ne dit-il pas “Heureux comme Dieu en France” ».Classés « nomades », les deux hommes n’avaient en poche qu’une autorisation de solliciter des papiers qui leur avait été délivrés, sans doute complaisamment, par le consulat polonais de Strasbourg. « Inutile de s’étonner que la France contienne tant d’indésirables », se lamenta le faitdiversier.

Ce qu’il advint d’eux

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Vajsbrod Mordka Hertz et Gothelf Gdala furent condamnés à quatre mois de prison pour « vagabondage, défaut de carnet anthropométrique » et « pour avoir voyagé en chemin de fer de Maintenon à Chartres sans avoir acquitté le prix du parcours ». Gothelf Gdala est mort à Auschwitz, en juillet 1942.

Sans surprise, La Dépêche d’Eure-et-Loir fut pendant la guerre le soutien du régime de Vichy et de sa politique antisémite.

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