1975 : Le routier eurélien prisonnier en Iran.

Le 31 mars 1975 , Gérard Trois, jeune routier de Montainville[1] âgé de 26 ans, marié et père de deux petits enfants, prenait la route pour l’Iran avec son semi-remorque chargé d’aspirateurs. À Téhéran, ralliée en quinze jours, les ennuis s’accumulèrent : papiers volés, soucis mécaniques et crevaison. Puis, sur la route de Tabriz, il y eut l’accident.

Photographie de l’accident publié par un journal iranien relatant l’accident dans l’édition de l’ Echo Républicain, 9 et 10 août 1975. DR.

Route de Tabriz, Iran : l’accident du 6 juin 1975

Son pneu de rechange – un rechapé, affirma sa femme[2] – éclata et le 38 tonnes, déstabilisé sur sa gauche, vint pulvériser la voiture qui arrivait de face. Ses deux occupants furent tués sur le coup. Blessé au bras, le routier passa trois semaines à l’hôpital sous surveillance policière avant d’être jeté en prison, menotté au pied, dans une cellule en terre battue à ciel ouvert, sans lit ni chaise : la police iranienne attribuait l’accident, non au pneu, mais à une erreur de conduite.  Le routier de Montainville risquait de six mois à six ans de prison.

Chroniques euréliennes Alain Denizet

Article du journal iranien relatant l’accident publié par l’ Echo Républicain, 9 et 10 août 1975. DR.

Sortir le routier de prison : comment ?

Une lettre de Gérard Trois, parvenue fin juillet, informait sa femme Simone – elle aussi dans une situation pécuniaire précaire – qu’il était en bonne santé. Mais d’espoir de sortie, il n’était pas question. Car pour l’extraire du guêpier, il fallait débourser 7 millions [anciens francs] de caution. Ni elle, ni l’employeur lorientais, en délicatesse financière[3], n’avaient un sou et l’impression était que les autorités s’activaient à la vitesse de l’escargot. « Quelles sont ces mœurs d’un autre âge qui font du transport international une périlleuse aventure ? » s’indigna L’Echo Républicain. Que faire ? 

RTL,  Max Meynier et « Les routiers sympas »

Son épouse sollicita alors Max Meynier qui, chaque soir, animait sur RTL « Les routiers sont sympas ». En quelques jours, il débloqua la situation. Début août, Simone Trois lança sur les ondes un vibrant appel aux dons, relayé par l’animateur qui donna ainsi à « l’affaire Trois » un écho national. « Il faut 7 millions pour sortir Gérard de sa geôle iranienne, vous êtes près d’un million à l’écoute. Il suffit que sept mille d’entre vous envoie 10 francs pour réunir la somme nécessaire ».

« Les Routiers sympas » en colère

De son côté, la section de Chartres de l’Union régionale des chauffeurs professionnels mobilisait ses troupes, ulcérée des lenteurs diplomatiques et menaçant : « Si rien n’aboutit, on tentera une action spectaculaire ». 

L’Echo Républicain, 5 août 1975.

Gérard Trois libéré

Cinq émissions plus tard, le montant de la caution était dépassé. Le 10 août, Simone Trois et Max Meynier s’envolaient pour Téhéran[4] ; le 12, la caution était rapidement remise aux autorités iraniennes grâce à l’entregent d’un grand reporter de la télévision iranienne et le 14, Max Meynier rencontrait enfin le routier dans sa prison.

Chroniques euréliennes Alain Denizet

Photo, France-Soir, août 1975. DR.

Le récit de Max Meynier

 « Je l’apercevais à travers le guichet. Simone, sa femme, m’avait fait voir des photos et je l’avais reconnu immédiatement. J’ai été rassuré tout de suite[5] ». La porte s’est ouverte, il est sorti de prison. Sa femme s’est avancée. Il l’a regardé. Il n’a rien fait, rien dit.
–  Tu ne connais pas cette dame?
– si.
– C’est ta femme.
Et à ce moment là, il a réalisé. »

Le soir même sur RTL, les routiers sympas entendaient la lecture de ce télégramme : « Opération RTL réussie. Suis à table avec M. et Mme Trois. Fêtons la sortie de Gérard qui a lieu il y a une demi-heure. Stop. Max Meynier. »  La photographie des retrouvailles fut publiée par France Soir.

Le retour en France auprès des siens

Le chauffeur était libre, mais devait rester en Iran jusqu’au jugement… si le procès avait lieu. Car ultime rebondissement de ce conte persan, Max Meynier rendit visite aux familles des deux victimes et, se pliant à la coutume du « prix du sang », leur versa le confortable reliquat des dons. La plainte fut retirée et Gérard Trois retrouva la France, sa famille et le goudron français à la fin du mois d’août.

[1] Montainville est à vingt kilomètres de Chartres.

[2] Ce que démentit l’employeur.

[3] Selon L’Echo Républicain, un autre chauffeur de la société avait abandonné un camion, en mauvais état, « quelque part eu Turquie ».

[4] Voyages payés par RTL.

[5] Récit fait par Max Meynier. Mille et une nuits avec mes routiers sympa, autobiographie, éditions de la Table Ronde, 1978. L’animateur est décédé le 23 mai 2006 à 68 ans.

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