1869 : première compétition de vélocipède à Chartres

Faisons un petit retour en arrière au temps du vélocipède à… Chartres au moment où les coureurs du Tour de France ont le nez dans le guidon

Le vélocipède du Messager de la Beauce et du Perche, 1870, dessiné par Auguste Hoyau

L’exposition universelle de 1867 avait consacré l’engin à pédale. Le 31 mai 1868, la première course officielle se tint dans le parc de Saint-Cloud sur une distance de 1 000 mètres avec la participation remarquée du Prince impérial. La mode était lancée.

Un an plus tard, le 8 août 1869, Chartres se mettait au diapason en organisant ses premières compétitions dans le clos Saint-Jean. Le journal de Chartres, qui relate l’événement, rappelle l’engouement de ce nouveau moyen de déplacement et de loisir : « Le vélocipède est le véhicule à la mode, il fait fureur, il envahit les promenades et les (…) rues de nos villes ». Toutefois, l’almanach Le Messager de la Beauce et du Perche n’y voit « qu’un amusement qui, né comme beaucoup d’autres au milieu de l’engouement, s’éteindra bientôt dans la plus complète indifférence ».

Huit courses au clos Saint-Jean

Le clos Saint Jean, devenu Clos Pichot, puis parc André Gagnon. Source : Perche-Gouët.net.

Les courses ont lieu devant un public curieux qui s’est acquitté d’une entrée de trois francs. On aperçoit dans les tribunes réservées « un grand nombre de dames en élégantes toilettes » venues applaudir les exploits des « velocemen parisiens [qui ont] répondu avec empressement à l’appel des chartrains ». Commencées à trois heures, les courses se prolongent jusqu’à six heures en présence du préfet à qui revient la remise des lots. Une chorale et une fanfare assurent les intermèdes sur des airs de polka.

Les vainqueurs

L’épreuve des 1 290 mètres est remportée en 4, 29 minutes par le parisien Moore[1] à qui échoit le premier prix, une « riche carabine de salon ». Le second est le chartrain Desandre récompensé par « une boite de cent Londres », des cigares de luxe. Carabine et tabac : les récompenses ont aujourd’hui changé…

Huit courses se succèdent, deux d’entre elles ont des concurrents sélectionnés ; la première sur 640 mètres, réservée aux enfants, est remportée par une chartraine « digne descendante des amazones » ; la seconde n’accepte que les inscriptions des « vélocemen » du département. Ne boudant pas finalement son plaisir et saisi par le vertige de la vitesse, Le Messager de la Beauce et du Perche écrit : « Ce fut plaisir de voir ces jockeys[2] de toutes couleurs dévorant l’espace avec leurs bicycles rapides »

Après le vélocipède, le vélo !

La bicyclette du Messager de la Beauce et du Perche, dessinée par Auguste Hoyau

Après le vélocipède, vint le règne de la bicyclette. À ses débuts, elle est étroitement associée à l’aristocratie qui dirige d’ailleurs les premières organisations vélocipédiques. C’est pour les élites un nouveau signe de distinction[3]. Puis au début du siècle, production de masse et réduction des prix aidant, la petite reine se démocratisa. Elle participa au désenclavement des villages, permit à l’ouvrier agricole de rentrer chez lui au lieu de dormir à l’écurie, à l’élève d’aller à son école, au jeune homme d’aller conter fleurette dans le bourg voisin. À sa manière, elle contribua avec le train à l’élargissement des horizons et à une plus grande autonomie des individus.

 

[1] Vainqueur en 10 heures et 34 minutes de la course Paris-Rouen, le 7 novembre 1869, considérée comme la première grande compétition cycliste.

[2] Cavalier monté sur son cheval d’acier, le vélocipédiste adopte une tenue sportive qui emprunte à celle de l’équitation.  C’est pourquoi les compétiteurs sont coiffés d’une casquette de jockey.

[3] Son prix, qui varie entre 150 et 1 000 francs, la réserve à une élite fortunée.