années « 70 », du temps des décharges sauvages à leur dénonciation, années « 90 »

Fonville, hameau du Boullay-Mivoie situé à dix kilomètres de Dreux avait d’anciennes des marnières. D’une superficie de huit hectares, elles n’étaient plus exploitées depuis longtemps. De  vrais trous à gruyère. Pourquoi ne pas les combler ?

C’est ainsi que, dans les années 1970, elles servirent de dépotoir à des particuliers et aussi à plusieurs entreprises, propriétaires de plusieurs parcelles. Tout le monde savait, personne ne pipait. En ces années, les questions environnementales étaient quasi absentes du débat public ; la législation, peu contraignante ; les pouvoirs publics, peu regardants : la première loi-cadre sur les déchets industriels date seulement de 1975…

La république du Centre, 23-24 janvier 1993.

C’est Jean-Paul Dabat, journaliste à La République du Centre qui le 23 janvier 1993 dévoila ce scandale environnemental. Vingt ans après que les marnières aient été transformées en poubelles : des années « 70 » aux années « 90 », les consciences s’étaient aiguisées, un parti écologiste, des associations de protection de l’environnement avaient vu le jour.

Photo en une de La république du Centre, 23-24 janvier 1993.

Alors que découvre le journaliste dans ces galeries nichées à plus de dix mètres de profondeur ? « En une seule visite, nous avons compté quatre endroits différents, recelant chacun une vingtaine de fûts. Et personne n’est capable de dire combien il en reste ensevelis car la plus grande partie a été rebouchée ». À côté des bidons chimiques gisent des déchets plus inoffensifs, vieilles toiles cirées, rouleaux de bulgomme ou encore des liasses de facture … Au banc des accusés,  deux entreprises du secteur : d’une part, la SA Hornschuch, propriétaire de huit hectares de la marnière et de l’usine Skaï de Vernouillet (de 1964 à la fin des années 1970) ; d’autre part, la société « Les aérosols français » sise à Villemeux-sur-Eure.

Encombrées de polluants, fragilisées par les souterrains, les marnières étaient devenues avec le temps perméables aux eaux de ruissellement qui, contaminées, avaient pollué le puits d’eau potable de Charpont-Écluzelles et de Mézières-en-Drouais où des traces de CFC (chlorofluorocarbone) avaient été détectées[1]. En 1993, le site était encore utilisé, du moins en surface. Un ferrailleur venait d’y déposer des tonnes de verre provenant des tubes cathodiques des téléviseurs de l’usine Philips de Dreux, contenant du cadmium, très toxique, lesquels voisinaient avec des dépôts récents de semences agricoles traitées à l’insecticide. Sur le sac relève Jean-Paul Dabat, était pourtant écrit : « Ne pas laisser à la surface du sol »

Alain Fillon, militant écologiste drouais. la république du Centre.

 François Fillon, militant écologiste drouais, demanda avec insistance au préfet l’application de la loi du 13 juillet 1992 stipulant que l’élimination des déchets « devait être assurée dans des conditions propres à éviter les nuisances et à faciliter la récupération des matériaux ».  Cette loi fut suivie des trois circulaires du 27 juin 2002, du 23 février 2004, du 24 novembre 2004 et du 4 juillet 2005. Elles permirent d’engager des actions pour fermer les décharges, les mettre en sécurité ou les adapter aux nouvelles prescriptions.

Carte publiée en 2018 par l’association écologiste Robin des Bois.https://robindesbois.org/que-sont-elles-devenues-3/. Les points représentent les  décharges non autorisées. En vert, celles sur lesquelles l’association a recueilli des informations. Une seule en Eure-et-Loir , celle d’Aunay-sous-Auneau bien qu’elle ait été réaménagée en 2013 . 

8434 décharges non conformes à la loi du 13 juillet 1992 étaient recensées en France en 2005 par l’Union Européenne dont celle d’Aunay-sous- Auneau dont la réaménagement fut achevé en 2013.  L’ancienne décharge est même traversée de deux sentes piétonnières avec tables et bancs… Celle de L’arche du gazon, bien connue des drouais avait été réhabilitée dans les années 1990… après avoir avoir contaminée les eaux du puit du pont Hoddé qui approvisionnait en eau potable une partie de la ville.