Johnny et les yéyés à Chartres

Quand Johnny et les Yéyés allumaient le feu à Chartres…Ses fans l’appellent affectueusement  «  le jojo national ». Il court les scènes depuis 50 ans, a vendu 100 millions de disque et attiré près de 28 millions de personnes à ses spectacles. Johnny Halliday fait partie des monuments de la France. On ne le visite pas, mais à 70 ans passés, on se presse encore à ses concerts. Pour le voir sur des écrans géants car l’heure est au gigantisme : c’est au parc des Princes ou encore au Stade de France qu’aujourd’hui les inconditionnels peuvent chanter avec lui l’une de ses milles chansons. 

chroniques euréliennes Alain Denizet

L’Echo Républicain, février 1964.

Mais qui se souvient que « l’idole des jeunes »  a fait un concert mémorable à Chartres, le 4 février 1964 ? C’était au Rex, temple Carnute des Yéyés où Johnny  « le prince du twist » s’était déjà produit le 3 avril 1963.

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Johnny n’a alors que 21 ans. Mais il est déjà une vedette confirmée. Après ses débuts au Golfe Drouot à Paris en 1958 (à 15 ans donc… ) et quelques déboires, il est rapidement remarqué par les producteurs qui devinent en lui un véritable phénomène de scène. Il transforme le tour de chant traditionnel en un véritable spectacle qui déchaine les passions et hystérise le public. De fait, ses prestations provoquent le scandale, des bagarres et des dégradations à tel point que certaines villes comme Bayonne ou Cannes font du chanteur une persona non grata. La cité chartraine n’a pas ses préventions et se prépare à une soirée électrique.

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La salle est pleine à craquer, l’ambiance surchauffée. 1200 jeunes, vêtus de leur blue-jean, trépignent et battent des mains en attendant Johnny.  Une ovation accueille le chanteur  vêtu de son  habituel costume à veste rouge et d’une chemise rose à boléro. Dés le début, il est fidèle à ce qui fait son style. Déjà, il est en sueur.  Ses jambes esquissent des pas de danse, le bassin ondule, ses mains s’entrechoquent au-dessus de sa tête, une gestuelle qu’il a empruntée au « King » Elvis Presley et à Gene Vincent. D’ailleurs, il a enregistré son dernier disque à Memphis aux Etats-Unis, la patrie du rock. Son orchestre est composé de trois guitaristes, d’un sax, d’une trompette, d’une batterie et d’un piano électrique. Johnny s’accompagne à la guitare qu’il délaisse souvent pour pouvoir mieux taper des mains.

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  Les tubes défilent, souvent empruntés au répertoire des vedettes des E-U : « Ma guitare », « l’Idole des jeunes », « Excuse-moi partner », « Les bras en croix », « Retiens la nuit », « Elle est terrible » ou encore le succès des succès «  Da dou ron ron ». Johnny a repris cette chanson au quintet féminin new-yorkais, les Crystals, mais en a fait les paroles.

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Les premières mesures des chansons sont inaudibles, couvertes par les cris et les applaudissements. C’est l’hystérie à la fin du morceau quand Johnny et ses musiciens bondissent en scène. Le journaliste de L’Echo Républicain qui assiste à la prestation est visiblement sidéré par  « cet engouement stupéfiant ». Comme il a déjà eu l’occasion de couvrir un concert de « l’idole des jeunes », il note une évolution positive : « Sa voix s’est nettement améliorée, on comprend maintenant les paroles de ses chansons », du moins celle de « Pour moi, la vie va commencer », tirée du film « D’où viens-tu Johnny » qu’il a tourné en 1963. A la fin du concert, les fans se ruent à la sortie pour apercevoir leur idole. Mais celui-ci s’est déjà engouffré dans une voiture, protégée par la police.

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Hugues Auffray et une fan. L’Echo Républicain, avril 1964.

La seconde partie est plus sage : le Rex reçoit  Hugues Auffray, le barde français. A  35 ans, c’est déjà un vieux routier de la scène qui a surtout tourné à l’étranger, il est encore peu connu en France. Seul avec sa guitare, il interprète  « Santiano » et d’autres chansons qui fleurent bon la musique folk. A chacun ses influences : Elvis pour Johnny, Dylan pour Hugues Auffray. De ces tournées communes, les deux hommes garderont une amitié indéfectible.

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Richard Antony, L’Echo républicain, février 1964.

Le Rex se prépare le 28 février 1964 à une nouvelle soirée exceptionnelle avec la venue de Richard Anthony qui achève une série de cinq semaines triomphales à Paris. L’interprète de « J’entends siffler le train »  a un style plus policé que Johnny. Le journaliste de L’Echo Républicain le présente comme le « gentleman du rock and roll » et le distingue des autres chanteurs de sa génération : « c’est le plus sympathique des jeunes vedettes françaises ». Le plus sympathique peut-être… Mais ni Richard Anthony et aucune des jeunes vedettes ne parvinrent à égaler Johnny dans la durée, le succès et le style, même si le déhanché des débuts a perdu, avec les années, un peu de sa souplesse…

En savoir plus : Article de l’ Echo Républicain, 6 décembre 2017. https://www.lechorepublicain.fr/chartres/loisirs/scene-musique/2017/12/06/de-chateaudun-a-chartres-entre-1962-et-1988-l-echo-i-revient-sur-les-concerts-de-johnny-hallyday-en-eure-et-loir_12653874.html