La grande évasion

      Après avoir abrité, à partir de juin 1940, des milliers de prisonniers de guerre français, le camp de Voves avait été reconverti en 1942 en camp de concentration pour les internés politiques, en majorité communiste[1].

Camp de Voves, la grande évasion.

L’entrée du camp de Voves. Archives départementales, 106 W 2.

Avant la grande évasion, d’autres évasions…

       Trente-neuf internés s’en étaient évadés entre juin 1942 et mai 1944, certains dans des conditions rocambolesques.  Le 9 janvier 1943, dix d’entre eux, après avoir confectionné des tenues de gendarmes franchissaient la porte de sortie profitant, selon le rapport, « de la nuit, du mauvais éclairage et de la relève de gendarmerie qui venait d’avoir lieu[2] ».  Blâmé pour les défaillances du dispositif de sécurité, Duval, le directeur du camp, est remplacé en mars 1944.

     Des rapports préconisent un meilleur éclairage, un meilleur équipement en armes, un barrage sur la départementale 29. Bref, un durcissement des contrôles. C’est pourtant dans ce contexte que se prépare la grande évasion. Gifle infligée à l’occupant nazi et au régime de collaboration, exceptionnel acte de résistance à coup sûr.

 Le creusement d’un tunnel de 148 mètres !

        Décidé le 19 février par la direction politique clandestine, le creusement du tunnel démarra de la baraque des douches. Pendant trois mois, les résistants se heurtèrent à des contraintes inouïes qu’ils surmontèrent avec un courage sans faille et une extraordinaire ingéniosité.

La grande évasion, Voves mai 1944.

Wagonnet et entrée du tunnel ( reconstitution par le comité du souvenir) Source : Voves, un camp en Eure-et-Loir, Etienne Egret et Dominique Philippe. Ella éditions, 2019. p. 134.

        En voici un rapide inventaire : l’évacuation discrète – de nuit entre deux rondes – des tonnes de déblais dans des tranchées du camp ou dans le jardin potager, l’éclairage de la galerie par son électrification grâce à des fils dérobés, le boisage fabriqué par des anciens mineurs, le tressage de trois-cents mètres de corde par des internés espagnols pour tirer les chariots remplis de terre, la confection d’outils de fortune et d’un système d’alarme, la vigilance enfin de tous les instants à l’égard des gardiens, mais aussi des détenus de droit commun.

Le camp d'internement de Voves. Dessin d'un prisonnier.

Peinture représentant une baraque proche d’un mirador. Au premier plan, les jardins où fut répartie la terre dégagée du tunnel. Collection du souvenir du camp de Voves. Etienne Egret et Dominique Philippe, Voves, 1942-1944, l’Université : Culture et Résistance. Ella éditions, 2021.p. 169.

6 mai 1944 : la grande évasion, quarante-deux évadés

                La date de l’évasion d’abord fixée dans la nuit du 26 au 27 avril est repoussée en raison du bombardement du camp et parce que les travaux avaient pris du retard. Il y avait pourtant urgence : une secrétaire avait confié à la direction clandestine des internés qu’une déportation massive était imminente vers l’Allemagne. Alors, décision est prise le 5 mai de faire le grand saut dans la nuit, malgré la pleine lune.

La grande évasion, Voves mai 1944

Quatre des quarante-deux évadés. De gauche à droite : Arvia François, Schklartschik Lazare, Thibault André, Gabet Georges. Source : Voves, un camp en Eure-et-Loir, Etienne Egret et Dominique Philippe. Ella éditions, 2019.

          À minuit, quand les gardiens firent l’appel, les internés répondirent tous présents. Au contre-appel de 4 heures, il en manquait quarante-deux. Partis des douches, ils avaient rampé de longues minutes dans un boyau de quatre-vingts centimètres de haut sur soixante-dix de large pour aboutir cent-quarante-huit mètres plus loin à l’air libre. Et libres.

Évadés et résistants

         C’est seulement au début de la matinée que les gendarmes découvrirent la sortie du tunnel et de là, en remontant, le pot aux roses, outils, vêtements, entrée de la douche… Aucun des évadés ne fut retrouvé malgré les patrouilles lancées à leurs trousses. La résistance communiste leur avait prévu une « planque », des papiers et des missions dans la Résistance. « S’évader pour continuer le combat », écrivent à juste titre Étienne Égret et Dominique Philippe.   

9 mai : le Camp de Voves, vidé de ses internés.

       Trois jours après l’évasion, le 9 mai 1944, les Allemands embarquèrent 407 internés dans des wagons à bestiaux pour Compiègne, avant de les déporter en très grande majorité au camp de Neuengamme en Allemagne[3]. 106 000 hommes et femmes, déportés de toute l’Europe y furent détenus dans des conditions inhumaines entre 1938 et 1945. 55 000 d’entre eux y laissèrent la vie. Des « vovéens », 30% en revinrent vivants.

Affiche du film de John Sturges., grand succès des années « 60 ».

            Le film « La grande évasion » de John Sturges avec Steve Mac Queen s’inspira, en partie, de l’exploit hors du commun réalisé par ces quarante-deux héros.  Grande évasion qui est justement le sujet central du prochain livre d’Étienne Égret et Dominique Philippe qui poursuivent ainsi leur travail de mémoire engagé dans leurs deux livres précédents sur le camp de Voves.

Les deux livres d’Etienne Egret et Dominique Philippe publiés sur le camp d ‘internement de Voves. Editions Ella.

Notes

[1] L’acteur Jean Lefèvre y fut prisonnier de guerre en 1941. Le camp fut démantelé en 1947. À ce sujet, Étienne Égret, Dominique Philippe, Voves 1942-1944, un camp en Eure-et-Loir, Editions Ella, 2019. Sur les évasions du camp de Voves, voir les pages 120 à 135 de cet ouvrage. 

[2] Un évadé est repris le lendemain et quatre autres entre mars et octobre 1943. Source : Étienne Égret et Dominique Philippe, Voves 1942-1944. L’université : culture et résistance. 246-264. Ella éditions, 2021.

[3] Une poignée d’homme évita ce camp, mais d’autres y étaient déjà détenus. Au total 410 internés de Voves ont été déportés à Neuengamme.

Je remercie Étienne Égret pour la relecture de cette chronique eurélienne.