Auguste Hoyau, la Beauce et le Perche sous ses crayons

          Le succès du Messager de la Beauce et du Perche est inséparable d’Auguste Hoyau qui, pendant 60 ans, en fut l’une des plumes et avant tout l’unique illustrateur. Il est pourtant presque oublié. Son nom ne figure ni dans les dictionnaires, ni dans les encyclopédies ni sur les sites de la toile consacrés aux caricatures et aux almanachs. Alors, levons le voile sur son milieu familial, sur son cursus scolaire et professionnel et enfin et surtout sur son œuvre.

Auguste Hoyau, Le Messager de la Beauce et du Perche, 1913. Cliché, Alain Denizet.

Une famille d’artisan

          Auguste Hoyau est né à Chartres le 16 janvier 1821. Les deux versants de son ascendance révèlent une origine beauceronne séculaire et une origine sociale ancrée dans le monde de l’artisanat. Le grand-père maternel est maître tailleur ; le grand-père paternel est maître cordonnier, rue du bourg, métier repris par le père d’Auguste, Jean-François. Ce dernier épouse à Chartres le 30 juin 1812 Sophie Rivière, née à Ouarville, et ancienne femme de chambre à Orléans. Rien ne prédestine donc le petit Auguste, fils unique, au dessin et au récit drolatique. Certes, une source – qui demande à être confirmée par les recherches généalogiques – le présente comme le « descendant d’une lignée d’imagiers chartrains connus depuis le XVIe siècle » parmi lesquels Pierre Hoyau, marchand en taille-douce au XVIIIe siècle.
Sa fantaisie est sans doute un héritage de son père qui « passait pour original à cause d’expressions et de réflexions dont il émaillait son langage ». Un trait de caractère qui ne l’empêche pas d’être le ressemeleur attitré des chaussures des élèves du séminaire de Saint-Chéron dont le jeune Auguste franchit les portes en 1835.

Séminariste à Saint-Chéron, puis professeur…

          Il manifeste tôt des « dispositions pour les études dont ses parents se montraient fiers ». D’un « caractère doux et tranquille, il se fit aimer de ses maîtres et de ses condisciples » et occupa une partie de ses loisirs à dessiner. Mais le jeune homme, tiraillé entre ses aspirations sacerdotales et artistiques, abandonne la carrière ecclésiastique « dans la crainte que son amour du crayon ne lui fit négliger les devoirs du ministère ». Quoi qu’il en soit, cette formation intellectuelle distillée sous l’épiscopat du très conservateur évêque de Chartres, Clausel de Montals, peut expliquer ses engagements politiques et son attachement viscéral aux positions de l’Église.
Une carrière de professeur
Au sortir du séminaire, Hoyau se tourne vers le professorat. Pourvu du grade universitaire de bachelier ès lettres, il est d’abord maître d’étude à Châteaudun d’octobre 1842 à octobre 1844. Puis, il revient à Chartres où, pendant six ans, il est répétiteur à l’institution Josse. Enfin, il intègre le collège de Chartres comme maître d’étude de 1850 à 1857 avant d’être nommé professeur de lettres en 8ème, en 7ème puis en 6ème, fonction qu’il occupa jusqu’à la fin de sa carrière . « Il ouvrit ainsi la porte des humanités à plus d’une génération de collégiens beaucerons », mais connut quelques problèmes de discipline si l’on en croit la suite de son portrait, car les élèves « mirent souvent sa grande bonté à l’épreuve ».

Le colporteur du Messager de la Beauce et du Perche, Auguste Hoyau. Détour et cliché, Alain Denizet.

mais d’abord, la passion du dessin 

       À ses débuts, nourrissant sans doute des ambitions, il collabore au journal parisien l’Illustration qui publie en 1851 huit types de ses physionomies intitulées les signes de ponctuation et en 1852 neuf gravures sur l’usage du bâton avec Stop ainsi qu’un travail sur la Comédie humaine réalisé avec Cham, l’un des grands noms de la caricature. Mais l’expérience parisienne tourne court. Hoyau en conçut un grand dépit : « Il rêvait sans doute de se mettre à l’école d’un maître qui l’aurait aidé à développer son talent, mais ses moyens pécuniaires ne lui permirent pas (…) Ce fut pour Auguste Hoyau un malheur irréparable. En cultivant les aptitudes qu’il avait reçues de la nature, il aurait pu devenir un émule de Daumier, de Gavarni, de Cham. » Cependant, l’influence de ces maîtres affleure parfois dans le Messager.

          Désormais, l’activité de Hoyau s’inscrit dans le périmètre de la Beauce et du Perche. Sa collaboration avec l’éditeur du Messager, Leloup-Lesage, démarre en 1850 quand ce dernier lui confie l’illustration d’un livre de piété, La journée du petit enfant chrétien.
Hoyau réalise aussi des tableaux religieux parmi lesquels « le couronnement de Notre-Dame du Pilier » en 1855 et qui, reproduits au moyen de la lithographie, sont « très appréciés du public religieux ». En 1886, il réalise des illustrations de la monographie de la cathédrale de Chartres. Mais des critiques jaillissent sur le « trait grossier, lourd, sans délié ». L’imperfection des gravures est cependant attribuée « au procédé Gillot qui donne des résultats bien inférieurs à la gravure sur bois de M Rousseau » dont le coût est vingt fois plus élevé. Enfin, à plus de 80 ans, il fait éditer une œuvre originale, La danse macabre, où il croque une série de portraits types entraînés par la mort qui fredonne un quatrain. L’ouvrage ne reçoit qu’un accueil mitigé.

Hoyau, le crayon malicieux du Messager. 

     Ses dessins, publiés de 1850 à 1910, rencontrent un grand succès populaire et distinguent Le Messager de ses concurrents, un atout mis en relief en 1859 dans un avis aux lecteurs : « Je possède, peut-être le seul de tous les almanachs, de jolis petits bonshommes dessinés par une main habile, qui n’ont paru nulle part et qui vous feront pouffer de rire. »
Si ses dessins font le bonheur des lecteurs, Hoyau est pourtant considéré comme un artiste mineur. Le Journal de Chartres leur trouve « un tour un peu vieillot » et l’auteur de sa nécrologie qui parait dans Le Messager en 1913 ne fait pas dans l’apologie… : « S’étant formé lui-même, il est resté caricaturiste pour almanach car n’ayant jamais pénétré tous les secrets du dessin, il végéta dans une sorte de médiocrité artistique » et, enfonçant le clou, il ajoute que les amateurs de « dessins artistiques » moquent ses « barbouillages ». Les visiteurs de ce site apprécieront eux-mêmes.

Une salle d'école, canton de Voves par Auguste Hoyau. Le Messager de la Beauce et du Perche, 1876. Cliché, Alain Denizet.

Une salle d’école, canton de Voves par Auguste Hoyau. Le Messager de la Beauce et du Perche, 1876. Cliché, Alain Denizet. Dessin remarquable de précision et … d’humour. Document exceptionnel car il représente une école en 1840, époque où la photographie n’existait pas. Un inspecteur arrive au mauvais moment : l’instituteur – un ancien berger – fait la sieste tandis que les élèves chahutent. Y compris dans le lit du maître car la classe se fait chez lui. Sur ce point, Hoyau décrit la réalité.

Ses 3 000 dessins réalisés en 60 ans abordent tous les genres et sont un témoignage unique sur la Beauce et le Perche car Hoyau, à la différence des caricaturistes des almanachs locaux concurrents, est un homme du cru dont la vie s’est déroulée à l’ombre de la cathédrale de Chartres.

          Une première facette de sa malice se déploie avec le calendrier. Les mois et les saisons sont illustrés en fonction d’un thème : le bonnet, le tablier, l’éclairage, les moyens de locomotion, le temps. Le rire est encore au rendez-vous avec les études d’expressions où, à l’instar de Daumier ou de Cham, il croque les travers de ses semblables dans des caricatures légendées. Mais il ne crée pas un personnage récurrent tel le Robert Macaire de Daumier, ses dessins ne comportent aucune allusion aux jeux de l’amour et ils ne délivrent pas – sauf exception – de message politique. Le Messager n’a pas la vocation des journaux engagés comme La Caricature ou Le Charivari.
Mais comme Daumier ou Cham, il cède à la mode des types. Il dessine alors de vieux métiers chartrains ou oppose sur deux vignettes les nouvelles et anciennes générations de cultivateur, de moissonneur, de vigneron ou de garde-champêtre. Il revêt aussi les habits du journaliste en relatant et en dessinant des événements de la vie chartraine : la cavalcade historique de 1860, la visite de Napoléon III à Chartres en mai 1869, l’invasion des prussiens en 1872.

          Mais l’essentiel de son travail est l’illustration des histoires dont il est parfois également l’auteur et qu’il convient de différencier. Certaines d’entre elles sont de simples comédies alors que d’autres ont une portée moralisatrice, didactique, voire prosélyte car Hoyau n’oublie pas qu’il est professeur et catholique pratiquant, « toujours au service de la plus pure morale, de la morale chrétienne. S’il savait faire rire, il savait aussi faire penser » écrit l’auteur de sa nécrologie.
Une seconde distinction apparaît entre les histoires dans lesquelles le dessin a le simple statut d’illustration de celles où, prépondérant, il est accompagné d’une légende ou d’un petit dialogue. Hoyau a ainsi réalisé une trentaine de « petites comédies au crayon et à la plume » ou « d’études d’expressions » qui s’apparentent au fond à la bande dessinée. Il est de ce point de vue un artiste de son temps.

Les moissonneurs, Auguste Hoyau. Le Messager de la Beauce et du Perche, 1867. Cliché, Alain Denizet.

Les moissonneurs, Auguste Hoyau. Le Messager de la Beauce et du Perche, 1867. Cliché, Alain Denizet. La faux a remplacé la faucille. Au loin, le clocher du village.

         Hoyau est le premier en Eure-et-Loir à pratiquer la bande dessinée. En effet, l’invention du neuvième art, attribuée au suisse Töpffer, ne date que de 1833 et les premières bandes dessinées françaises, œuvre de Cham, avec lequel Hoyau collabora à l’Illustration, paraissent en 1839. Hoyau se lance dans le genre en 1858 avec huit vignettes intitulées : « En revenant du marché ». Le dessinateur du Messager maîtrise les codes du genre : la centralité du personnage dans le récit, le dessin au trait autographié spontané, le recours aux visages expressifs qui sont censés traduire la personnalité et faciliter la compréhension de la trame narratrice et un texte court en complément du dessin. Généralement, une vignette et son texte correspondent à une page de l’almanach, mais Hoyau sait se défaire de cette contrainte. En 1886, la mise en situation des « tribulations du père Futaille » agence plusieurs dessins par page. Hoyau fait également quelques dessins publicitaires dont un pour le café de Chartres Duplant.

           Si l’on suit l’un de ses contemporains, « son existence fut modeste comme ses goûts et on y compte bien peu d’événements ». Ce jugement peut être nuancé au regard de ses activités débordantes : son métier de professeur, ses activités culturelles au musée de Chartres, sa collaboration aux Amis de la Beauce, à la Société Archéologique d’Eure-et-Loir dont il ne démissionne qu’en 1908 – et bien sûr son investissement dans Le Messager dans lequel il s’adonna à sa passion du dessin.

Le salut du colporteur du Messager de la Beauce et du Perche. Auguste Hoyau. Détour et cliché, Alain Denizet.

Le salut du colporteur du Messager de la Beauce et du Perche. Auguste Hoyau. Détour et cliché, Alain Denizet.

 

          Auguste Hoyau s’éteint le 4 octobre 1911 à l’âge de 91 ans. Cet homme affable qui fit le bonheur de trois générations de lecteurs fait aujourd’hui celui des amateurs de l’histoire de la Beauce et du Perche.

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One thought on “Auguste Hoyau, la Beauce et le Perche sous ses crayons”

  1. Bonjour,

    Je ne vois pas cette belle notice faire référence à la Nouvelle danse macabre qu auguste hoyau fait paraître chez Soulie à Chartres en 1904. Auriez vous des informations à me donner sur ce livre ?

    Merci !!

    Cordialement

    Vincent Wackenheim
    278 bd Raspail
    75014 paris

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