Polémique en 1927 : scandale sanitaire à Châteaudun ?

Crise sanitaire et titre choc en une du Matin le 3 décembre 1927 : « Des viandes avariées ont-elles été expédiées de Châteaudun à Paris et à Orléans ? » La question sous-tend la méfiance envers l’abattoir industriel et nourrit – déjà – les peurs associées à la production de masse.

Les abattoirs de La Villette dans les années 1920. Source Gallica. DR.

Des bêtes malades ?

Le Matin agite la menace d’une terrible menace pour la santé publique Tout est parti d’une enquête diligentée par le maire de Châteaudun : des bêtes malades, impropres à la consommation, dont le vétérinaire avait prescrit la « dénaturation » seraient sorties de l’abattoir sans avoir arrosés de liquide corrosif. L’affaire avait été ébruitée auprès des journaux nationaux par des « gens » qui, suivant l’édile, avaient intérêt « à provoquer un scandale ».

Le Matin, 3 décembre 1927.

Etranges pratiques de l’abattoir…

Avec le conditionnel de circonstance, Le Matin évoqua les étranges pratiques de l’abattoir : des bêtes crevées y étaient découpées, des voitures de boucherie s’y rendaient nuitamment et la viande avariée était ensuite écoulée sur les étals de la ville et expédiée – qui sait ? – à Paris et Orléans « par des commerçants dénués de tout scrupule[1] ».

… et suicide suspect

Le suicide du préposé à l’abattoir, après avoir interrogé plusieurs fois par la police, fut interprété comme l’aveu de sa culpabilité d’autant qu’en trente ans de métier, selon Le Matin, il s’était déjà attiré des réprimandes pour manquement dans son service. Circonstance aggravante, sans en avoir le droit, il détenait le cachet d’estampille qui décidait du sort des viandes. Son corps avait été retrouvé ans les eaux du Loir. Mais sa veuve, interviewé, attribua son suicide « à cause de tous les tracas qu’on lui a fait à propos de cette affaire ». C’était la première fois que cet homme de 65 ans avait maille à partir avec la justice

Le marché, Place du 18 octobre, Châteaudun. Coll. personnelle. DR.

Le maire au créneau : éviter de se « régaler des articles tendancieux »

Devant la polémique qui enflait, le maire de Châteaudun se fendit d’une lettre ouverte que publia la presse d’Eure-et-Loir. Oui, il reconnaissait des failles dans l’organisation de l’abattoir puisqu’il prévoyait des modifications au règlement ; peut-être, de la viande malsaine avait quitté l’abattoir, mais « rien ne prouvait qu’elle ait été livrée à la consommation ». Enfin, réglant ses comptes, il conseilla aux Dunois de manger « bifteck et gigot » plutôt que de se « régaler de la lecture de certains articles tendancieux », mettant en cause « des journaux étrangers à la localité ».

Boucherie, rue Gambetta, Châteaudun. source : https://www.perche-gouet.net/histoire/photos

Aucun scandale sanitaire, mais un mort.

Dans un entrefilet du 16 février 1928, Le Petit Parisien fit part des conclusions de l’enquête : aucune chair corrompue n’avait été vendue aux consommateurs, « voilà qui tranquillisera la population au point de vue de la santé publique ». Quant au préposé aux abattoirs, affolé à l’idée d’être assigné en justice, il était innocenté.  Dans l’intervalle, il s’était donné la mort. Le Matin qui en avait fait sa une n’en dit pas un mot.

 

[1] Le Matin, 4 décembre 1927